« Jean-Luc Nancy, dernier gardien de la grande époque de la pensée française »

Le rocker Rodolphe Burger salue la mémoire et l’œuvre du philosophe disparu le 24 août, dont il a jadis suivi les cours et qu’il a fait participer à certains de ses spectacles.

Olivier Doubre  • 1 septembre 2021 abonné·es
« Jean-Luc Nancy, dernier gardien de la grande époque de la pensée française »
© Ulf Andersen/Aurimages/AFP

Rodolphe Burger et Jean-Luc Nancy devaient réaliser ensemble, en cette fin août, une performance au festival des Rencontres inattendues, qui couple, depuis dix ans, musiques et philosophies à Tournai (Belgique). La disparition soudaine du philosophe (1) l’a évidemment empêchée. Jean-Luc Nancy aimait monter sur scène, en particulier avec son ami alsacien Rodolphe Burger, jadis étudiant en philo à la faculté de Strasbourg, rocker très pointu influencé autant par la philosophie que par le Velvet Underground, le punk ou les musiques électroniques. Habitué à interpréter des textes littéraires, de Shakespeare, de Mahmoud Darwich, d’Olivier Cadiot ou de Pierre Alferi, ou encore le Cantique des Cantiques, l’ancien leader du groupe Kat Onoma a souvent fait participer le philosophe à ses concerts et à plusieurs de ses enregistrements.

Lorsque nous le rencontrons dans les locaux de son label, Dernière Bande, Rodolphe Burger est en train de préparer ce qu’il compte jouer – avec la voix de Jean-Luc Nancy – lors des obsèques de ce dernier dans la capitale alsacienne. Il revient ici sur sa longue amitié avec le philosophe, sa fréquentation du penseur et de son œuvre. Et la générosité de l’un des derniers représentants de l’exceptionnelle génération d’intellectuels de l’après-68, qui, contrairement à d’autres, refusa toujours de renier ses engagements, ses expériences, ses espoirs. Et la fidélité à ses convictions progressistes.

Vous vous apprêtiez à monter sur scène avec Jean-Luc Nancy, déjà très malade, Comment l’avez-vous vu dans ses derniers instants ?

Rodolphe Burger : Jean-Luc était très faible. Les dernières fois que je l’ai vu, il était hospitalisé. Il s’était inquiété de savoir « comment on allait faire » pour mener ce projet à son terme. Nous avions travaillé ces

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