Rassemblement mouvementé devant les jardins ouvriers d’Aubervilliers

La JAD, nom donné à l’occupation de ces jardins, a été évacuée jeudi matin. Les « jadistes », qui contestent leur destruction au profit d’une piscine et d’un solarium pour les JO de Paris 2024, avaient appelé à manifester en soirée.

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M oi ça me brise le cœur, c’est une violence sans nom, sans borne. » Sur la place de la mairie d’Aubervilliers, les jadistes et leurs soutiens se succèdent au micro pour raconter leur amertume et leur tristesse d’avoir vu le matin même des mois d’occupation et une centaine d’années de jardinage partir dans les gueules des engins de chantier venus détruire cabanes et plantations au petit matin. Ils sont plusieurs centaines, des militants écologistes, membres de collectifs contre les Jeux olympiques, ou contre d’autres projets de bétonnage.

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Bernard Loup, retraité et président du Collectif pour le Triangle de Gonesse, qui prend la parole avec émotion, est de ceux-là. Il restera avec son épouse jusqu’à la fin de la soirée devant la JAD, assis au milieu de la rue devant une compagnie de CSI. On croise aussi des élus locaux, des Verts ou de la France insoumise, des militants d'Extinction rébellion, beaucoup de gens à vélo. Certains sont venus avec leurs chiens, quelques-uns avec leurs enfants.

« Des potirons, pas du béton »

Après une heure de prises de parole, le cortège se met en route en direction du Fort d’Aubervilliers, au pied des tours, où s’étend l’écrin de verdure que sont les jardins. Ou ce qu’il en reste. Une demi-heure de marche accompagnée de slogans, avant de se retrouver face à plusieurs compagnies de CSI – les forces départementales de la Police nationale – casquées, équipées pour certains de flashball, dépêchés là pour bloquer l’accès aux potagers partiellement détruits.

La tension monte assez rapidement entre police et manifestants, certains déploient des banderoles devant les boucliers, d’autres tentent de pousser pour entrer dans les jardins par dessus le grillage, sans succès. Quelques coups de matraque pleuvent sur la première ligne, des slogans fusent, ainsi que des encouragements à tomber les casques : « On fait ça pour vos enfants », « tout ça pour des tomates », « on veut des potirons pas du béton », et les plus classiques « police nationale milice du capital » ou « tout le monde déteste la police ». En réponse, un officier doté d’un mégaphone lance une première, puis une deuxième sommation avant l’usage de la force. Sans trop de succès, les militants ne bougent pas.

Des habitants viennent à la rencontre des manifestants, la plupart pour leur exprimer leur soutien. Certains engagent la discussion, la piscine olympique ne leur paraît pas une si mauvaise idée que ça : en Seine-Saint-Denis, à sa rentrée en 6ème, un enfant sur deux ne sait pas nager, contre un sur dix en France. « Mais il faudrait au moins la garantie qu’on y aura accès, et pour pas cher, si c’est 15€ l’entrée ça ne servira à rien », s’interroge Yassine, père de famille qui habite juste au-dessus des jardins. Perdre cet immense espace vert au profit d’un bloc de béton que les habitants du quartier ne pourraient même pas utiliser, « ça serait stupide, et une preuve de plus qu’en Seine-Saint-Denis, on n’a pas le droit aux loisirs et à la nature ».

Une petite nasse, et une dispersion sans interpellation

Pendant ces discussions, des renforts policiers sont arrivés, et le groupe de militants s’est fait encercler. Les boucliers commencent à repousser la foule vers le métro. Certains s’asseyent au milieu de la rue et refusent de bouger ; l’un d’entre eux se fait tirer au sol par un policier. La plupart se met à reculer, sans grande conviction, quelques-uns tentent de pousser dans l’autre sens, mais sont vite calmés par les matraques, et les flashballs en bandoulière. Et après une demi-heure supplémentaire de nasse au pied du métro, chacun commence à rentrer doucement chez soi, alors que la nuit est tombée.

Quelques militants ont passé la nuit devant l’entrée grillagée des jardins, et le collectif Sauvons les Jardins d’Aubervilliers annonce que le combat est loin d’être fini : « Ils nous ont déclaré la guerre, et nous allons entrer en résistance. » Sur les réseaux sociaux, ils appellent à les rejoindre. Trois jours avant l’évacuation de la JAD, le 30 août, un recours avait été déposé devant la cour administrative d’appel de Paris pour suspendre le permis de construire, que les militants estiment illégal.


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