Une dangereuse affirmation

« La sécurité est la première de nos libertés. » L’affirmation a l’apparence du bon sens. Ce n’en est pas moins une bêtise.

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La semaine dernière, en clôture du Beauvau de la sécurité, Emmanuel Macron nous a servi l’inénarrable tarte à la crème de tout discours sécuritaire. « La sécurité est la première de nos libertés », a-t-il déclaré. L’affirmation a l’apparence du bon sens. Elle séduit d’ailleurs des franges toujours plus grandes de l’électorat. Ce qui explique qu’elle ait été très largement adoptée par nos responsables politiques depuis qu’un très droitier ministre l’a lancée, le 10 juin 1980. Alain Peyrefitte était alors en charge de la justice et défendait ce jour-là devant les députés sa loi « Sécurité et liberté ». Ce texte sera aboli en partie en 1982 par le gouvernement de Pierre Mauroy, qui osait encore dire que « la première sécurité c’est la liberté ». Ce temps n’est plus. De Jean-Marie Le Pen, qui a repris la formule peyrefittienne sur une affiche de campagne en 1992, à Anne Hidalgo, en passant par Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande, nombre de leurs ministres, et même Yannick Jadot, tous ont repris cette antienne un jour ou l’autre. Ce n’en est pas moins une bêtise. Dangereuse, qui plus est.

Car la sécurité n’est pas une liberté ! Comme l’a rappelé ironiquement l’avocat François Sureau, « il n’y avait pas de régime politique plus libre que le Moscou de Staline, où la sécurité était assurée de manière absolue. Si l’on tient [ces] paroles pour exactes, le régime idéal, c’est Palerme sous Mussolini puisque précisément la sécurité y étant totale, la mafia ayant été éradiquée, il n’y a pas de régime plus libre, ce qui est à la fois une absurdité pratique et conceptuelle ».

Les constitutionnalistes de 1789, rédacteurs de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, avaient compris qu’une « association politique » ne peut être fondée que sur la liberté et que celle-ci doit être le premier « droit naturel et imprescriptible » de l’homme. C’est le sens de l’article 2 de cette Déclaration – « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression » –, invoqué parfois pour justifier que la sécurité puisse être considérée comme un droit naturel. Le contresens historique est total. Car le droit à la sûreté invoqué dans cet article est celui qui protège le citoyen de l’arbitraire de l’État, et l’immunise contre les arrestations ou les emprisonnements arbitraires. Or c’est bien ce droit qui est menacé quand des gouvernants prétendent que les libertés peuvent être enserrées pour des besoins de sécurité.


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