Dossier : Services publics : Le grand abandon

Mobilisation générale pour les services publics

Un regroupement inédit d’agents et d’usagers espère raviver l’espoir d’un changement profond, au terme d’un quinquennat catastrophique pour les services publics.

Plus la situation est grave, plus il faut s’efforcer de garder espoir. Voilà résumé l’état d’esprit d’une cinquantaine d’organisations d’agents et d’usagers des services publics, toutes frappées par un sentiment d’urgence et une envie de se rassembler. Le 14 février, le collectif Printemps des services publics s’est constitué autour d’un appel commun et d’un programme de mobilisation tendu vers la présidentielle. « Nous atteignons un point de rupture, il y a urgence à réinventer les services publics », lance Arnaud Bontemps, magistrat de la Cour des comptes en disponibilité et animateur du collectif Nos services publics. « L’enjeu est d’éviter le grand effondrement organisé, abonde Willy Pelletier, sociologue et coordinateur de la Fondation Copernic. La régulière dégradation des services publics est insupportable, pour ceux dont la vie en dépend ou qui y travaillent. Ce sont des vies empêchées ou bousillées. »

Le collectif tire un bilan particulièrement sévère du quinquennat qui s’achève. Dans les hôpitaux, le covid n’a fait qu’accentuer une crise structurelle. « Nous avons atteint un point où il y a clairement des pertes de chance pour les patients, ce qui est totalement inacceptable », dénonce Olivier Milleron, cardiologue à l’hôpital Bichat à Paris et membre du Collectif inter-hôpitaux. Son service a dû fermer 40 % des lits, faute de personnel. Le bilan est sombre également dans le champ du travail social, avec une désaffection inquiétante des professionnels (15 % à 30 % des postes sont vacants et 70 % des employeurs rencontrent des difficultés de recrutement), qui a forcé Jean Castex, le 17 février, à augmenter les travailleurs sociaux de 183 euros net. Le même montant avait été accordé aux soignants en 2020. Dans la justice, la situation est comparable, le manque de moyens et le sentiment d’empêchement dans leur travail a tiré de leur réserve 3 000 magistrats, soit un tiers de la profession, fin novembre 2021, pour dénoncer dans une tribune coup de poing les dérives d’« une justice qui n’écoute pas, qui raisonne uniquement en chiffres, qui chronomètre tout et comptabilise tout ».

« Ce sont des vies empêchées ou bousillées. »

Au manque de moyens s’ajoute une accélération de la dématérialisation des procédures administratives, volet essentiel de la « modernisation » des services publics, qui vient de recevoir un bilan cinglant du Défenseur des droits. L’ouverture de 2 055 « espaces France services », partout dans le pays, pour compenser la désertification n’a pas permis d’éviter que la fracture numérique se creuse. Treize millions de Français sont en difficulté avec les outils numériques et la dématérialisation a entraîné une perte de droits pour un nombre significatif d’entre eux (titres de séjour, retraite, allocations sociales). Les réclamations adressées au Défenseur des droits au sujet de difficultés liées aux services publics ont presque triplé en sept ans (1), préviennent Claire Hédon, Défenseure des droits, et ses équipes. Elles concernent en particulier les démarches des étrangers en préfecture, la délivrance des permis de conduire ou d’immatriculation, les caisses d’allocations familiales (aides sociales) et les Carsat (retraites).

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