Dossier : Faire payer les militants : L’autre arme de la répression

William Bourdon : « Dans les affaires d'outrage et de rébellion, l’agresseur devient l’agressé et la victime le coupable »

Les demandes financières disproportionnées contre des activistes et la sacralisation de la parole de la police participent d’une « tension sourde » qui travaille la société française, dénonce l’avocat William Bourdon.

Avocat au barreau de Paris et à la Cour pénale internationale, William Bourdon établit un continuum entre la multiplication des poursuites pour outrage et rébellion faisant suite à des plaintes de policiers et les dommages et intérêts excessifs obtenus par des multinationales contre des militants.

Les dommages et intérêts prononcés dans le cadre d’actions de nature politique sont-ils un nouvel outil de l’arsenal répressif ?

William Bourdon : Il y a d’évidence une stratégie commune qui s’est aggravée, entre les grands acteurs industriels tels qu’EDF et les forces de sécurité visant, par des demandes financières parfois insensées, à criminaliser des acteurs de la société civile et, plus généralement, celles et ceux qui défendent simplement leur dignité au cours d’interpellations brutales. Cette situation est métaphorique d’une tension qui s’aggrave entre des citoyens et des acteurs publics et privés de plus en plus crispés et agressifs. C’est évidemment paradoxal, à un moment où la participation à la défense de l’intérêt général n’a jamais été aussi urgente et contribue à donner une reconnaissance encore plus forte à l’action des acteurs de la société civile.

Je défends depuis des années de jeunes interpellés mécaniquement poursuivis pour outrage et rébellion. C’est surtout le cas quand ils ont été victimes de violences. Plus les policiers peuvent être suspectés valablement de violences volontaires, plus ils s’engagent dans une stratégie écran et déposent plainte pour rébellion et outrage. Le double objectif est de criminaliser la victime, de l’intimider et de tenter de s’acheter une impunité auprès des juges. Cela produit un renversement, caractéristique de notre époque, où l’agresseur devient l’agressé et la victime le coupable.

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