Enfants français détenus en Syrie : la France condamnée

La Cour européenne des droits de l’homme a condamné la France ce mercredi 14 septembre pour avoir refusé de rapatrier deux mères françaises et leurs enfants, détenus depuis 2019 dans les camps kurdes du nord-est syrien. Une décision qui fait désormais jurisprudence.

Nadia Sweeny  • 14 septembre 2022
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Enfants français détenus en Syrie : la France condamnée
© Un enfant dans le camp syrien de Roj, en mars 2021. (Photo : DELIL SOULEIMAN / AFP.)

Après trois ans de procédure lancée par des grands-parents de trois enfants retenus dans les camps kurdes, la France a donc été condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) dans un arrêt rendu par la grande chambre ce mercredi matin. Une décision très attendue qui fait désormais jurisprudence et force l’état français à revoir l’ensemble des situations des dizaines de femmes et des centaines d’enfants encore prisonniers dans le nord-est syrien.

La décision de la CEDH porte précisément sur deux dossiers défendus par maître Marie Dosé, très investie sur cette question.

La première affaire concerne une femme née en 1991, partie en Syrie en 2014, devenue maman de deux enfants d’aujourd’hui 8 et 6 ans. Elle avait manifesté sa volonté de rentrer en France depuis 2016 après la mort de son mari. Elle et ses enfants sont retenus par les Kurdes depuis février 2019. « Très amaigrie, elle aurait souffert d’une fièvre typhoïde sévère non soignée. L’un de ses enfants aurait reçu des éclats d’obus sans être soigné » alors que l’autre serait « dans un état d’instabilité psychologique important » peut-on lire dans la décision de la CEDH. Le second dossier concerne une femme de 33 ans partie en juillet 2015. Elle a donné naissance à un enfant en janvier 2019 quelques mois avant d’être faite prisonnière par les Kurdes en mars de la même année. L’enfant grandit depuis dans un camp.

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Si la France a rapatrié depuis 2019 « au cas par cas » quelques dizaines d’enfants français, elle n’a jamais réellement expliqué la manière dont elle formait les listes des personnes qu’elle allait chercher. Pour les deux dossiers concernés, elle a soit refusé le rapatriement, soit n’a simplement pas daigné répondre.

Des garanties contre l’arbitraire

C’est proprement ce que reproche la CEDH à l’État français : l’impossibilité de pouvoir juger de l’arbitraire d’une décision. « Le respect par l’État de son obligation positive de permettre l’exercice effectif du droit d’entrer sur son territoire implique l’existence de garanties appropriées contre le risque d’arbitraire dans la manière dont il s’est acquitté de cette obligation », explique ainsi la Cour.

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« Le rejet d’une demande de retour sur le territoire national, (…) doit pouvoir faire l’objet d’un examen individuel approprié par un organe indépendant chargé d’en contrôler la légalité. Un tel contrôle doit permettre de prendre connaissance, même sommairement, des motifs de la décision et de vérifier qu’ils reposent sur une base factuelle suffisante et raisonnable et que les justifications tirées de considérations impérieuses d’intérêt public ou de difficultés d’ordre juridique, diplomatique et matériel que les autorités exécutives pourraient légitimement invoquer sont bien dépourvues d’arbitraire. »

Le gouvernement français est donc sommé de reprendre l’examen des demandes des requérants « dans les plus brefs délais en l’entourant de garanties appropriées contre l’arbitraire ».

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