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Publié le 12 décembre 2010

Applaudissements Nourris De L'Angsoc

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Illustration - Applaudissements Nourris De L'Angsoc

Le Monde nous annonce, dans un éditorial non signé, un «match à trois, pour la présidentielle de 2012» , entre l'UMP, le Parti «socialiste» et le Front national.

Mais attends, remarques-tu: il manque la - vraie - gauche, là?

Non?

Si.

De fait: il manque la vraie gauche, dont Le Monde , par cette omission, nous signifie qu'elle n'a rien à faire dans «la présidentielle de 2012» .

Plus précisément, nous l'allons voir: cet incommodant éditorial (dont l'auteur(e), comme d'hab, se planque sous un courageux anonymat), n'est là que pour trier le bon grain de la bonne «gauche», dûment soumise aux marchés, de l'ivraie d'une gauche infréquentable - qui pousse l'effronterie jusqu'à défendre les «services publics» , et dont Le Monde va dès lors nous montrer, par des procédés que n'eût pas reniés la feue Правда, qu'elle pue très fort l'extrême droite.

Pour se rendre à ce résultat, Le Monde braille, pour commencer, qu' enfin , le Parti «socialiste», après avoir trop « longtemps raisonné en termes d'État-providence et de droits collectifs» , est enfin revenu à plus de raison - pour enfin se rendre à l'évident constat que son attachement préhistorique aux «droits collectifs» n'a «pas empêché les inégalités de prospérer au point de menacer le pacte républicain» .

Du coup: le Parti «socialiste» s'est enfin rangé à l'idée qu'il fallait «mieux appréhender les parcours individuels, avec, qui plus est, une économie de moyens, puisque les caisses de l'État sont vides» .

Commentaire du Monde : «C'est une révolution idéologique!»

(Cette «gauche» qui a de longue date renoncé à toute ambition révolutionnaire nous est donc présentée comme totalement révolutionnaire: applaudissements nourris de l'Angsoc.)

Dans la vraie vie, comme tu sais: ça fait vingt-sept ans que les «socialistes» ont renoncé à «l'État-providence» et aux «droits collectifs» , pour se vendre aux marchés - et au cul, Vilvorde.

Dans la vraie vie, comme tu sais: loin d'être «vides» (contrairement à ce qu'affirme aussi le chef de l'État français, dont Le Monde aime (donc) vulgariser la propagande), «les caisses de l'État» sont pleines d'euros qui ne sont jamais donnés à celles et ceux qui n'ont rien, mais qui sont, par contre, libéralement distribués à celles et ceux qui ont tout - Liliane Bettencourt va bien, merci, elle a trouvé chou que ton impôt lui vienne dans la tirelire.

Le Monde ment donc effrontément, et ça nous fait un bon début, mais la suite est mieux, tu vas voir - où Le Monde , haussant d'un cran sa vilenie, va s'employer aussi a suggérer que, si t'es pas complètement convaincu(e) de la nécessité de substituer aux «droits collectifs» les «parcours individuels» ?

T'es qu'un(e) péniste.

Pour fonder cette vraie-fausse démonstration, Le Monde fait un surprenant résumé du programme de «Marine Le Pen, qui surfe sur les difficultés sociales» : la Pen, d'après Le Monde , «prône un État fort, défend les services publics, veut la mort de l'euro, fustige la mondialisation, dénonce les délocalisations» .

Ici, je suppose que tu l'auras noté: Le Monde oublie complètement - c'est quand même ballot - de signaler que la Pen «surfe» surtout sur les sales phobies de son électorat, l'excitant (notamment) contre les musulman(e)s.

Dans la représentation délirante qu'en fait Le Monde , le programme de la Pen, lavé de ses haines, se résume, à peu près, comme celui du NPA, à défendre les «services publics» et à dénoncer les «délocalisations» .

Et ça, relève dès lors Le Monde (qui tout d'un coup se rappelle enfin que la Pen lance des fois quelques « attaques» en direction (notamment) des musulman(e)s): ça peut «trouver une oreille attentive dans les milieux populaires, comme avaient fait mouche» les «attaques» de la Pen «contre les minarets lors des régionales de mars» .

(Car les milieux populaires sont peuplés de gro(se)s con(ne)s.)

En résumé le message du Monde est que si tu défends «les services publics» (et à plus forte raison si, aggravant ton cas, tu es de surcroît hostile aux «délocalisations» ): non seulement tu n'es pas de gauche (puisque la gauche comme il faut a enfin renoncé (au prix d'une admirable «révolution idéologique» ) aux vieilles lunes des «droits collectifs» ) - mais tu es de surcroît d'extrême droite (puisque tes préoccupations sont les mêmes que celles de la Pen), et par conséquent raciste (puisque la défense «des services publics» est à ranger d'après Le Monde dans la même triste catégorie que les «attaques» de la Pen «contre les minarets» ).

Si malgré cela tu votes pour la gauche qui défend les services publics et se défie de la mondialisation?

Faudra donc pas que tu viennes te plaindre, quand les enfants te jetteront des cailloux - sale fasciste.


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