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Publié le 21 juin 2011
Vers une candidature nationale-communiste en 2012 ?

Vers une candidature nationale-communiste en 2012 ?

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Illustration - Vers une candidature nationale-communiste en 2012 ? André Gerin ne désarme pas. Après la désignation de Jean-Luc Mélenchon par les militants communistes , le député PCF du Rhône « n’exclut pas » de se présenter à l’élection présidentielle de 2012. Le discours qu’il tient pour « redonner ses couleurs à la France » emprunte beaucoup au Front national, suivant une tactique dangereuse déjà mise en pratique par Nicolas Sarkozy en 2007 pour siphonner l’électorat d’extrême droite. A ce détail que M. Gerin se dit, lui, communiste.

Une candidature qui n'a rien d'improvisée

Dès dimanche matin, André Gerin déplorait dans un communiqué que M. Mélenchon ait « obtenu les clefs de Colonel-Fabien » et annonçait que « les communistes ne laisseront pas faire cette entreprise de sabordage du PCF » . Lundi matin, en introduction à une conférence de presse qu’il avait convoqué à Lyon avant même la fin du scrutin1, il confirme qu’il ne se pliera pas à la décision majoritaire de son parti :
- « Je ne mènerai pas la campagne électorale en faveur de Jean-Luc Mélenchon. »
- « Je ne voterai pas pour Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle en avril 2012. »

Poussant plus loin la dissidence, il annonce en deux phrases son intention d’être lui-même candidat :
- « Je m’engagerai plus que jamais dans la bataille politique des présidentielles pour porter les idées et les valeurs auxquelles je crois afin de redonner ses couleurs à la France. »
- « Je n’exclue pas d’ailleurs de me présenter à nouveau à la présidentielle pour mener une campagne sur les idées et les valeurs d’une gauche authentique, afin qu’une politique de rupture avec le capitalisme réussisse, forte d’un PCF de combat qui parte à la reconquête des milieux populaires et de l’électorat du Front national. »

Réaction d'un mauvais perdant? Non! La déclaration de candidature de lundi éclaire la petite manœuvre d'André Gerin au dernier jour de la conférence nationale du PCF. Hostile au Front de gauche, il s’était porté candidat à la désignation le 12 janvier, jugeant qu'il serait « mortifère » que PCF « soit absent de cette échéance » ; il affirmait que la candidature d’André Chassaigne n’était qu’un « leurre » et n’a eu de cesse d’obtenir que toutes les candidatures soient soumises aux communistes. Mais le 5 juin, quand la conférence nationale lui donna satisfaction sur ce point, et après qu’André Chassaigne eût annoncé sa décision de maintenir sa candidature, le député du Rhône avait surpris la direction du PCF en retirant la sienne pour, disait-il, « permettre le rassemblement des communistes » derrière le député du Puy-de-Dôme. A cet instant, Emmanuel Dang Tran, candidat du courant le plus « identitaire » du PCF, m’avait confié qu’André Gerin ressortirait sa candidature si Mélenchon était désigné. Bien vu !

Le même interlocuteur prétendait également que le député du Rhône s’était déjà enquis auprès d’Eric Raoult (UMP) de la possibilité d’obtenir les précieuses signatures d’élus nécessaires (il en faut 500 !) à toute présentation d’une candidature à l’élection présidentielle. Les deux élus se connaissent et s’apprécient. M. Gerin a présidé la mission d’information sur le port du voile intégral2, dont le second a été le rapporteur. Auparavant, en 2007, le député maire UMP du Raincy (Seine-Saint-Denis), qui fut ministre de la Ville, avait préfacé l’ouvrage du député maire de Venissieux, Les Ghettos de la République . Mais, au téléphone, André Gerin dément avoir discuté de sa candidature avec l'élu UMP.

Il admet en revanche être engagé dans une «démarche personnelle» 3, comme il se flatte d'être «dans l'opposition depuis onze ans à la ligne de Robert Hue» puis de Marie-George Buffet.

André Gerin au 35e congrès du PCF, le 18 juin 2010.

Un nationalisme outrancier

Cette opposition prend toutefois un drôle de tour quand André Gerin dans la même conférence de presse déclare que «l'immigration n'est pas une chance pour la France» . Une affirmation en opposition frontale avec les positions du PCF et le programme populaire partagé du Front de gauche qui affirme, lui, que «l'immigration n'est pas un problème» et se félicite de son «immense apport humain et matériel» . D'autant que le député juge « irresponsable» le discours du PCF et du Front de gauche en faveur la régularisation de tous les sans-papiers. Mais le désaccord est plus profond encore.

Pour M. Gerin, l'immigration n'est une chance que «pour le capitalisme financier, pour diviser, pour exploiter, pour généraliser l’insécurité sociale, exclure, ghettoïser des millions de familles et de jeunes français de la vie sociale et politique» . Il considère qu'il est «vital» de la «limiter y compris l’immigration régulière» . C'est à ses yeux «la seule manière d'endiguer le Front national en démontrant que la situation n’a rien d’inéluctable et surtout qu’il n’y a aucune raison d’accepter une fatalité du déclin démographique en France et en Europe» .

Bref, pour endiguer le Front national, un élu communiste estime pour la première fois qu'il convient d'en reprendre le programme et d'appliquer sa politique en ce domaine. Au lendemain du premier tour des élections cantonales, il avait déjà dit «comprendre les électeurs du FN» . La direction du PCF a vivement réagi à ces propos, dès hier: «André Gerin s'est perdu» , estime Olivier Dartigolles dans un communiqué. «Par ses luttes et ses engagements, le Parti communiste Français a toujours combattu de tels discours» , rappelle le porte-parole du PCF. Il n'est pas certain que la direction du PCF ait pris conscience de toute la portée de l' outing de son député.

Pour André Gerin, qui en a fait son slogan, «redonner des couleurs à la France» ce n'est pas seulement «repenser une Europe de la souveraineté» ou «refuser la mondialisation capitaliste» , ni même uniquement «refuser l'effacement de l'idée de Nation» . C'est aussi «tourner la page de la décolonisation» , formule extrêmement ambiguë que le texte du député n'éclaire pas. On notera toutefois qu'il qualifie, dans le même paragraphe, l'important chômage des enfants français issus de l'immigration de «véritable génocide» (sic). Quand il reproche à la gauche d'avoir abandonné les quartiers, «abandonné les classes populaires, sa jeunesse» , il lui reproche «l'abandon de notre culture, de notre identité, de nos racines, de nos valeurs fondamentales» . Ce qui est une autre formulation ambiguë.

Ce positionnement très «national-communiste» d'André Gerin, même s'il devait renoncer à son rêve personnel de candidature présidentielle, est une épine dans le pied du Front de gauche. Il est impensable que le PCF, qui n'a eu de cesse de réclamer une «campagne collective» conduite par le candidat à la présidentielle et les 543 candidats aux législatives, accepte d'investir dans la 14e circonscription du Rhône un candidat, fut-il le député sortant, qui brave ses procédures de vote et prône une politique aussi éloignée de la politique humaniste qu'il défend. Ou alors il faudra admettre que le Front de gauche est le nouveau nom d'une auberge espagnole...



  1. Le mail informant de cette conférence de presse a été envoyé vendredi 17 juin à 11h. 

  2. Il en avait demandé la création dans une proposition de loi signée par des députés de toutes tendances. 

  3. L'aveu ne manque pas de piquant, la personnalisation étant un des reproche les plus souvent mis en avant au sein du PCF contre Jean-Luc Mélenchon avant le vote du week-end dernier. 


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