Mouvement lycéen : des aînés « fiers » et « admiratifs »
Les lycéen·nes trouvent aussi du soutien parmi les militant·es engagé·es de longue date dans diverses luttes, qui accompagnent ce combat de la jeunesse avec un espoir renouvelé.
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© Maxime Sirvins
« Je suis entièrement solidaire de leur mouvement social », affirme Almamy Kanouté, militant activiste depuis plus de vingt ans et membre fondateur de l’Assemblée des quartiers. Pour lui, le soutien aux lycéen·nes relève surtout d’une responsabilité collective. « En tant que responsable associatif, mais aussi en tant que père et citoyen, je me dois d’être le plus proche possible de notre jeunesse », explique-t-il. Sa camarade Céline, militante et cofondatrice de l’Assemblée des quartiers, se dit « admirative » et même « fière de ce que [les lycéen·nes] font ».
Pour Sophie Lapoix, directrice de l’Association des femmes du Franc-Moisin, si « ce n’est pas la première fois que les jeunes se mobilisent », l’ampleur de ce mouvement a quelque chose de singulier. « Ce qui m’a étonnée, c’est la capacité des jeunes à rassembler depuis les banlieues, puis à s’étendre à toutes les régions de France, jusqu’aux territoires d’outre-mer. » Elle se dit admirative, elle aussi, de cette nouvelle « voix commune ».
Almamy Kanouté retient « la spontanéité des prises de parole », qu’il qualifie de « belles et brutes », ainsi que « des prises de position » des jeunes engagé·es depuis le départ des blocus. Il pointe deux différences notables avec les mobilisations d’antan : « On a affaire à une génération, la Gen Z, qui a compris qu’il fallait hausser le ton pour se faire entendre », mais qui a aussi sa manière bien à elle d’agir et de mobiliser « grâce à son usage des réseaux sociaux ». « Tout le monde s’en trouve dépassé, s’amuse le responsable associatif. Là où nous, adultes, perdons du temps sur certains points, eux en sont déjà à créer une fédération des lycées d’Île-de-France. C’est une véritable leçon en termes d’action politique. »
C’est une véritable leçon en termes d’action politique.
A. Kanouté
De son côté, Marie, membre de la Confédération paysanne, créée en 1984, souligne « la détermination des lycéens à continuer de se mobiliser malgré l’intense répression qu’ils subissent ». Cette mobilisation vient aussi bousculer les discours sur cette jeunesse. « On entendait beaucoup que les jeunes n’étaient pas politisés et ne s’engageaient pas. Là, c’est vraiment une inversion d’interprétation », observe-t-elle. Pour Céline, de l’Assemblée des quartiers, cette mobilisation est d’autant plus significative « que ça vient de banlieue, ça vient d’en bas ». Lors de sa première manifestation, il y a presque trente ans, alors qu’elle était lycéenne, elle avait le sentiment « que les mouvements partaient davantage de Paris, d’en haut ».
Pour celles et ceux qui luttent depuis longtemps, ces nouvelles mobilisations impulsées par les lycéen·nes représentent un nouveau souffle. « Ils redonnent de l’espoir et de l’énergie », explique Sophie Lapoix. Constat partagé par Marie, pour qui « ces jeunes montrent qu’il faut continuer à se mobiliser malgré l’impression de ne pas réussir à obtenir de victoires dans les mouvements sociaux ». Le soutien s’impose alors comme une évidence.
La solidarité s’inscrit dans « un prolongement naturel de la lutte. Nous défendons l’émancipation des femmes, mais ça ne s’arrête pas aux portes de l’association, explique Sophie Lapoix. Ces femmes sont aussi des mères, des voisines, des travailleuses et, parmi elles, certaines s’inquiètent pour leur enfant, directement concerné par la répression policière. »
Une lutte qui concerne tout le monde
Même les personnes qui ont des réserves sur les revendications ne peuvent pas rester indifférentes au fait qu’on canarde des jeunes.
S. Lapoix
Au-delà des revendications liées aux conditions de scolarité, Sophie Lapoix voit dans cette mobilisation l’expression de colères qui se rejoignent. « Les prémices de cette convergence des luttes initiée par les jeunes étaient présentes dès le début du mouvement, estime-t-elle, nourries par le sentiment que le pouvoir politique ne laisse plus de place au dialogue. » Selon elle, l’intensité de la répression policière marque un tournant : « Même les personnes qui ont des réserves sur les revendications ne peuvent pas rester indifférentes au fait qu’on canarde des jeunes. »
À la Confédération paysanne, « des parents membres ont des enfants concernés par la mobilisation », rapporte Marie. Leur présence concrète auprès des plus jeunes « a pour but avant tout de leur montrer qu’ils ne sont pas seuls, que ce combat nous concerne aussi ». Elle raconte que « des militants se sont rendus sur les blocages pour apporter à manger aux manifestants et ont participé aux mobilisations en masse ». Elle rappelle leurs « inquiétudes autour des services publics et de la montée de l’extrême droite, notamment dans le milieu rural ».
Soutenir les lycéen·nes, c’est aussi, pour certain·es, transmettre des outils sans confisquer la parole. « Je reçois énormément de sollicitations de jeunes qui viennent nous poser des questions », raconte Almamy Kanouté. Céline estime que les aîné·es de lutte ont un rôle à jouer, « celui d’assurer une certaine forme de transmission pour éviter aux jeunes de perdre du temps à mener des actions sur lesquelles ils vont se retrouver confrontés à un mur », mais « sans jamais faire de cette transmission une leçon donnée », nuance Almamy Kanouté, qui insiste sur la nécessité de chacun·e de se préserver et de se sécuriser avant tout. Reste une exigence, selon lui : « Ne surtout pas laisser le combat des lycéens être détourné ! »
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