Se souvenir de Mai
Je me souviens d'avoir annulé, le vendredi 3 mai au soir, un séjour en Sardaigne, où l'on m'avait invité à suivre un rallye automobile. Je me réjouissais pourtant à la perspective de cette escapade, mais les premières échauffourées au Quartier latin m'avaient convaincu qu'il allait se passer des choses graves, importantes, et qu'il ne fallait surtout pas manquer d'en être. Engueulade, aussi, au journal [^2] avec un photographe, mon compagnon de reportage préféré, en instance de départ, lui, pour un mois de vacances à Cuba~: « Tu vas courir bien loin après une révolution, alors qu'on va en vivre une ici~! » Il a tout loupé du joli mois de mai...
Moi pas. À Paris, j'ai été partout où ça se passait, j'ai traîné mes guêtres, ouvert grand mes yeux et mes oreilles, tangué de fatigue dans les amphis enfiévrés, bouffé ma ration de gaz lacrymogènes, usé mes semelles dans d'interminables défilés dans les rues de Paris en affirmant avec des milliers d'autres que nous étions tous, oui, des « juifs allemands » ...
Je n'ai pas jeté de pavés, non, ni participé à l'émeute de quelque façon que ce soit, ni pris de coups de matraque sur la tronche, on a compris que j'étais déjà dans la vie professionnelle et donc en possession du brassard de presse délivré aux journalistes par la préfecture de police, relative protection en échange d'une neutralité relative~: il est clair que les sympathies des reporters sur le terrain, sinon celles de leurs hiérarchies, allaient aux étudiants plutôt qu'aux « CRS-SS » , comme on criait alors... (Tiens, à propos de flics, ce souvenir cocasse~: on doit en être à trois semaines de troubles, à peu près, et il y a déjà quelques jours que j'ai abandonné ma Deux-Chevaux, réservoir vide, au bord d'un
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