Du travail pour qui au travail pour quoi
Croissance ou décroissance, anticapitalisme ou antilibéralisme, nature du service public : nous publions cette semaine quatre nouvelles contributions sur « ces questions qui fâchent à gauche ». Celles-ci sont à consulter dans notre rubrique Idées et sur le site de la revue Mouvements.
dans l’hebdo N° 970 Acheter ce numéro
Parmi les raisons qui ont conduit à la défaite électorale de la gauche aux élections du printemps dernier, il en est une qui devrait retenir particulièrement l'attention : la place accordée au travail, car elle est au coeur de l'adhésion des classes populaires à un projet politique. La gauche, en panne de théorie et aussi de propositions concrètes sur ce sujet, a laissé le champ libre à la droite, d'une part pour substituer l'idéologie du mérite à la solidarité, et d'autre part pour faire de l'augmentation du temps de travail l'unique moyen d'augmenter le salaire [^2]. Il ne sera pas possible de reconquérir le terrain perdu sur le plan des idées et des propositions sans revenir aux fondamentaux de la critique du rapport salarial et sans relier ensuite celle-ci aux enjeux actuels qui mettent en cause les finalités productivistes assignées au travail par le capitalisme.
Dans une usine Ford en Allemagne, pays où la durée du travail est bien moins élevée qu’en France. ORLOWSKI/GETTY IMAGES AFP
Le Bureau international du travail (BIT) vient de publier un rapport sur « Les indicateurs-clés du marché du travail » (5e édition, 2007). Il permet de démystifier l'idéologie sous-jacente aux réformes du droit du travail que le gouvernement français veut accomplir pour donner aux entreprises une flexibilité toujours plus grande.
Tout d'abord, un démenti cinglant est apporté aux économistes déclinologues qui ont usé et abusé de leur notoriété pour imposer l'idée selon laquelle la France était en perte de vitesse parce que les Français étaient « moins productifs » que d'autres. On le savait déjà, les travailleurs des États-Unis d'Amérique sont les plus productifs au monde, devançant de loin tous ceux des autres pays développés. Mais cela tient avant tout au fait que, parmi tous les pays développés, c'est aux États-Unis que la durée individuelle annuelle du travail est la plus élevée. Quand on retient, non pas le niveau de productivité par tête, mais un
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