Être journaliste au pays de Poutine
« Novaïa Gazeta », le journal d’Anna Politkovskaïa, assassinée il y a un an, poursuit son combat pour l’information dans un paysage médiatique sinistré et dangereux. Reportage.
dans l’hebdo N° 970 Acheter ce numéro
Ce jour-là, Olga Bobrova part enquêter sur des violences policières commises à Alexandrov, ville d'environ 80 000 habitants, à une centaine de kilomètres au nord-est de Moscou. Comme une équipe de la télévision allemande l'accompagne, le voyage se fait en voiture. Autrement, elle se déplace en train et à pied, seuls moyens de transport que le journal qui l'emploie, Novaïa Gazeta, peut s'offrir. L'itinéraire passe par une campagne qui compte moins de troupeaux qu'avant la chute de l'URSS, mais plus de friches et de jardins particuliers avec des poulaillers bricolés. À chaque fois que je traverse cette région, je constate l'extension de la déprise agricole et un retour à une petite autonomie de subsistance. Les ruraux de l'URSS n'étaient pas riches. Désormais, les ruraux de la Russie sont souvent pauvres, et cela se voit. Dans les villages, près de Pereslav notamment, il n'y a toujours pas d'eau courante dans la plupart des isbas, et les services de bus disparaissent.
Hommage à la journaliste assassinée Anna Politkovskaïa, « conscience du pays ». MARMUR/AFP
Dans les faubourgs d'Alexandrov, nous rencontrons Aliana, une femme qui se plaint des violences policières dont son fils de 26 ans a été victime, et tente d'organiser la résistance face à l'emprise des forces de l'ordre. «~Le problème , m'explique Olga Bobrova, n'est pas seulement celui de cette femme, mais d'une milice qui se croit tout permis, y compris la corruption. Personne n'ose protester. Nous avons été prévenus par un article dans un journal local confidentiel et un petit site Internet. L'affaire est classique, nous allons en faire un cas exemplaire. Pour une sombre histoire de portable volé, le fils d'Aliana a été frappé par des policiers. Le jeune a été innocenté, mais la plainte contre la police a été classée. Des policiers sont aussi impliqués dans des rackets. » Deux mécanos, dont un Caucasien, racontent comment d'autres policiers leur ont extorqué de l'argent en les menaçant. Malgré un tabassage en règle dans un cimetière, ils veulent récupérer leur argent et faire condamner les coupables.
Olga note, vérifie, puis décide d'aller voir la police, au centre-ville, au bout de l'avenue Lénine, sur la place où Vladimir Illich trône toujours, entre le commissariat, l'immeuble du procureur et le palais de justice. Une bonne heure d'attente, puis le commissaire la reçoit, et lui explique avec un sourire ironique que les deux affaires sont closes. Plus tard, le procureur avoue son embarras à la journaliste~: il sait que des policiers sont coupables, il
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