Trajets de banlieue
Loin des sursauts médiatiques, la sociologue Emmanuelle Santelli montre en quoi les parcours des jeunes des cités sont symptomatiques des mutations de la société française depuis vingt ans.
dans l’hebdo N° 975 Acheter ce numéro

Ils sont passés par ici, ils repasseront par là. À intervalles réguliers, «~les jeunes de banlieue~» apparaissent en ouverture des journaux télévisés, pour replonger aussitôt dans les limbes de l'indifférence. Voici quelques semaines, c'était pour le souvenir de Zyed Benna et Bouna Traoré, dont la «~mort pour rien~» (selon l'expression de leurs proches) le 27 octobre 2005, fut le prélude aux dernières révoltes des banlieues. Des «~temps forts~» qui laissent juste la place de montrer combien cette jeunesse symbolise tous les maux de la société, de l'insécurité à l'exclusion, en passant par la délinquance et l'immigration. Vient ensuite le temps des promesses politiques, des envolées lyriques, des effets de manche et d'annonce. Et puis, plus rien, ou si peu, jusqu'au prochain épisode.
L’École de la deuxième chance, à La Courneuve, forme des adultes. FEDOUACH/AFP
Délaissant la question de la responsabilité, que se renvoient dans une frénétique partie de passe à dix politiques, associatifs, acteurs sociaux et jeunes eux-mêmes, Emmanuelle Santelli choisit l'analyse sociologique pour décrypter la façon dont ces banlieusards prennent place dans la société française. Sociologue au CNRS, chercheuse associée à l'Institut national d'études démographiques (Ined), elle s'est spécialisée dans l'étude des trajectoires des familles maghrébines en France. Avec Grandir en banlieue , elle montre en quoi les parcours de ces jeunes sont
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