Calais, de plus en plus loin de la terre promise
Cinq ans après la fermeture du centre de Sangatte par Nicolas Sarkozy, les candidats à l’exil sont toujours sur place. Ils dorment désormais dehors et subissent les contrôles incessants de la police. Reportage.
dans l’hebdo N° 990 Acheter ce numéro
L'air d'un ramoneur, Omar frotte sa figure et ses mains noircies. Son sweat-shirt blanc est maculé de taches de cambouis. Il est 10~heures du matin et ce jeune Afghan de 16~ans a tenté sa chance la nuit précédente. Accroché sous un camion, il a été repéré par la police à l'approche du port et s'est enfui. Déçu mais habitué, Omar rejoint son squat, au coeur de la zone industrielle des Dunes à Calais.
Un peu plus loin, dans la «~jungle~» , terme qu'utilisent les migrants pour parler des bois alentour, ses camarades d'infortune se réveillent à peine. Leur nuit aussi fut courte, passée à guetter le camion qui sera leur ticket pour l'Angleterre. Un bonnet bleu et blanc enfoncé sur la tête, Hassan, 19ans, sort de sa tente faite de bâches en plastique noir, de vieilles couvertures et de palettes de bois. Il la partage avec dix autres Afghans. Autour de lui, des épineux où s'accrochent des sacs en plastique fouettés par le vent et un tas d'ordures de deux mètres où s'accumulent boîtes de conserve rouillées, vieux vêtements déchirés et restes de nourriture.
{
La longue file d’attente des sans-papiers venus chercher un repas auprès des associations. HUGUEN/AFP
Ce jeune homme aux yeux bleus est arrivé il y a cinq jours, après être passé par le centre de rétention administratif de Coquelles. Faute d'être reconductible à la frontière, il a été relâché avec une invitation à quitter le territoire sous cinq jours. Pliée dans son portefeuille, elle est l'unique papier qu'il possède avec un carnet rempli de numéros de téléphone. Il a mis sept ans pour aller de Jalalabad à Calais. Un périple qui lui a coûté 18~000 dollars. Parti à 12~ans «~à cause des talibans~» , il raconte avoir traversé à pied les montagnes iraniennes. «~Puis je suis passé par le Kurdistan iranien pour atteindre la Turquie en payant des passeurs. J'ai travaillé pendant plusieurs années dans des ateliers textiles, à Ankara, Izmir puis Istanbul.~» Son anglais étant hésitant, il mime une partie de ses péripéties : il fait le geste avec ses doigts de celui qui coupe avec des ciseaux puis coud. Arrivé en Grèce, il passera deux ans et demi dans des exploitations agricoles à récolter des oranges pour une poignée d'euros. De quoi financer la fin de son trajet jusqu'à Calais... et peut-être l'Angleterre, où il rêve d'apprendre la langue.
Ce froid matin d'hiver, Hassan et ses nouveaux amis racontent qu'au lever du jour, douze policiers ont débarqué et emmené vingt réfugiés d'une cabane à
Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :
Pour aller plus loin…
Dans les Hautes-Alpes, la préfecture systématise des pratiques illégales contre des demandeurs d’asile
Candidats victimes de racisme : « Aux municipales, on doit souvent prouver beaucoup plus que les autres »
En CRA, le double enfermement des personnes psychiatrisées