Un racisme d’État

Olivier Le Cour Grandmaison analyse les conséquences de l’expansion coloniale sur la société et la vie politique françaises à partir de la IIIe République.

Olivier Doubre  • 19 mars 2009 abonné·es

L’un des concepts centraux du livre que vous venez de publier, « la République impériale », est celui d’« impérialisation » de la IIIe République. Quelle définition lui donnez-vous ?

Olivier Le Cour Grandmaison I Jusqu’à présent, et à juste titre, on s’est principalement intéressé à la construction de l’Empire, à la façon dont la IIIe République a acquis ses différents territoires. Mais les conséquences de la construction impériale en métropole sont souvent négligées. Quant à ceux qui prennent pour objet d’étude la construction de l’État en France, ils s’intéressent peu, voire pas du tout, à la question de savoir si le fait que ce pays fut la seconde puissance coloniale du monde a eu des incidences sur ses institutions. Confronté à ce singulier point aveugle, mon objectif a été d’analyser les effets de la construction impériale sur les institutions publiques (ministères, conseils ad hoc , etc.), sur l’enseignement supérieur, les grandes écoles – l’École libre des sciences politiques, par exemple –, un certain nombre de sciences humaines et la littérature, au sein de laquelle émerge un genre spécialisé, la littérature coloniale, qui connaîtra un succès populaire important. C’est pour rendre compte de cette dynamique que j’ai forgé le concept d’impérialisation, car celui d’impérialisme me semblait inadéquat pour étudier les réalités politiques, institutionnelles, scientifiques et littéraires auxquelles

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Idées
Temps de lecture : 8 minutes

Pour aller plus loin…

« La gauche ne peut pas abandonner. Nous avons le devoir de gagner »
Entretien 4 mai 2026 abonné·es

« La gauche ne peut pas abandonner. Nous avons le devoir de gagner »

Deux continents, un combat. L’une, Janette Zahia Corcelius, résiste aux raid de l’ICE, la police anti-immigration de Trump. L’autre, Anzoumane Sissoko, lutte pour la régularisation des étrangers depuis vingt-quatre ans. Une rencontre pour penser la résistance transatlantique contre l’autoritarisme et les répressions anti-migratoires.
Par Juliette Heinzlef et Maxime Sirvins
Le fascisme, une hydre aux mille définitions
Essai 30 avril 2026 abonné·es

Le fascisme, une hydre aux mille définitions

Le « fascisme » emporte-t-il le monde ? Jamais éteint, ce vocable est plus utilisé et débattu que jamais. Un nouvel ouvrage collectif s’efforce d’apporter nuance et complexité à ce débat sémantique ô combien politique.
Par François Rulier
La « nouvelle France », un débat qui vient de loin
Analyse 29 avril 2026 abonné·es

La « nouvelle France », un débat qui vient de loin

De la pensée révolutionnaire au nouveau slogan des insoumis, l’universalisme français n’a cessé de muter selon les contextes, révélant une contradiction entre tentation hégémonique et volonté d’ouverture.
Par Juliette Heinzlef et Alix Garcia
Annie Thébaud-Mony : « Le travail continue d’empoisonner les plus précaires, en toute impunité »
Entretien 27 avril 2026 abonné·es

Annie Thébaud-Mony : « Le travail continue d’empoisonner les plus précaires, en toute impunité »

En 2012, la sociologue refusait la Légion d’honneur pour dénoncer l’invisibilisation des enjeux de la santé au travail. Quatorze ans plus tard, pour elle, les leçons des précédents scandales sanitaires n’ont pas été tirées. Elle se félicite cependant que les victimes n’hésitent plus à parler.
Par Céline Martelet