Dossier : Alimentation : Bien manger, manger tous

L’Europe aggrave la crise

Alors qu’approchent les élections européennes, Ambroise Mazal* appelle à la révision des politiques commerciales de l’Union.

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La Commission européenne (CE) a lancé en mars les procédures de déblocage du fameux « 1 milliard d’euros » pour la relance agricole d’urgence, qui concerne une cinquantaine de pays pour la période 2009-2011. […] Néanmoins, il est regrettable que l’aide dédiée à la sécurité alimentaire dans les programmes du Fonds européen de développement (FED) reste faible, alors que le Xe FED vient d’être discuté en pleine crise alimentaire. L’initiative de la CE ne doit pas non plus éluder la question du respect des engagements des États membres européens à porter à 0,7 % de leur PIB leur aide au développement, et à valoriser l’aide à l’agriculture à l’intérieur de cette enveloppe (3 % aujourd’hui seulement !).
Surtout, l’Union européenne (UE) ne pourra pas faire l’économie d’une révision de certaines de ses politiques affectant gravement la sécurité alimentaire des pays du Sud. On peut en distinguer schématiquement quatre catégories.

Première catégorie : les exportations vers les pays tiers à des prix inférieurs au coût local de production. Les restrictions aux importations de pommes de terre en Guinée, par exemple, ont montré la capacité des filières locales à se développer dès lors qu’elles ne sont plus en concurrence déloyale. D’autre part, il est urgent de supprimer les restitutions aux exportations au plus vite. Même si l’Union européenne recourt moins à cet outil qui permet l’exportation de produits agricoles dans les pays du Sud à un prix inférieur au coût de production européen, elle doit respecter sa promesse de le supprimer. L’UE le réutilise, par exemple, pour le lait depuis décembre 2008.

Deuxième catégorie : la création de marchés rentables en Europe qui suscitent des monocultures d’exportation dans les pays en développement. C’est le cas du soja pour l’alimentation du bétail européen, importé d’Amérique latine, où il est cultivé selon un modèle agro-industriel intensif, à l’origine de déplacements des populations locales et de graves dégâts environnementaux. Pourtant, l’UE peut, et doit, produire elle-même ses protéines végétales. L’adoption en décembre 2008 d’un objectif ambitieux d’incorporation de 10 % d’agrocarburants d’ici à 2020 pour les transports européens participe de la même logique, puisque cette politique repose en grande partie sur les importations. La création de ce marché rentable attise les projets de monocultures énergétiques d’exportation au détriment des agricultures familiales et vivrières locales, telles que l’huile de palme en Indonésie ou en Colombie, ou la canne à sucre au Brésil. De nombreux projets d’investissement sont en cours en Afrique.

Troisièmement, la politique européenne de multiplier les accords de libre-échange avec les pays du Sud est extrêmement préoccupante. En particulier, les Accords de partenariat économique (APE) que l’UE est en voie d’imposer aux 77 pays Afrique-Caraïbes-Pacifique (ACP) sont symptomatiques. Les APE imposent aux pays ACP, au nom de l’OMC, l’ouverture de leurs marchés aux exportations européennes, en concurrence directe avec les filières locales. Une exception pour les produits agricoles est nécessaire, au-delà de ce qui est discuté actuellement autour de quelques filières. De nombreux accords bilatéraux sont en discussion aujourd’hui (avec l’Amérique centrale, la CAN, l’Asean, etc.), dont le degré de libéralisation va beaucoup plus loin que ce qui est discuté dans le cadre de l’OMC.

Enfin, c’est plus généralement le soutien de l’UE à la libéralisation de l’agriculture sur lequel il faut revenir. Au niveau communautaire, cela se traduit, par exemple, par la préparation à la sortie des quotas laitiers d’ici à 2014, afin de « gagner en compétitivité sur les marchés mondiaux ». Mais cela s’est vu aussi par l’absence de volonté de l’UE de continuer à jouer le rôle d’un des « stockeurs » mondiaux en matières premières agricoles, l’absence de stocks mondiaux ayant été à la cause de la spéculation spectaculaire au cours de l’année dernière.


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