La gauche, illusion poétique ?

Nous avons reçu d’un lecteur, Jean Klépal, cette belle réflexion sur la gauche et l’état politique et moral de notre société. Nous la publions bien
volontiers. Sans nécessairement en partager la sombre vision.

Jean Klépal  • 26 novembre 2009 abonné·es

« Quand vous êtes dans la merde jusqu’au cou, Il ne reste plus qu’à chanter. »

Samuel Beckett

Banderoles, slogans et défilés comme des chanteries désespérées. Que reste-t-il d’autre ? De temps en temps, un sursaut, une tentative pour y croire. Par exemple, le rejet d’un projet de traité constitutionnel ou une votation très populaire en faveur du maintien du statut public du service postal. On tente un plaisir collectif, on tente l’illusion d’un rassemblement autour d’une idée. On se donne des frissons. Don Quichotte mouline une impuissance dont il se repaît. Il scrute la plaine à la recherche de troupes amies, nombreuses et rassurantes, mais l’écho ne renvoie rien, le paysage ne bouge pas, l’armée de Blücher scelle des Waterloo à répétition.

L’évidence est insupportable, elle assène des coups assourdissants auxquels le boxeur sonné ne veut pas plus se rendre qu’il n’accepte de modifier les conditions de son entraînement. L’évidence est que la France est un pays frileux, égoïste et conservateur, solidement ancré à droite. Droite dure et cynique, soigneusement entretenue par une majorité de jocrisses nourris à l’individualisme et abreuvés d’hypocrisie, adeptes de la servitude volontaire, celle qui permet à la fois d’éviter de penser, de fuir comme la peste toute marque d’esprit critique et d’espérer récupérer des bénéfices personnels sans tenir aucun compte du voisin. La peur entretenue par le pouvoir (crise financière, chômage, sécurité, pandémie, déficit prétendu de l’assurance-maladie, tensions internationales) et la soumission dominent et pétrissent les esprits.

Rideau. Inutile de remonter sur le ring alors qu’aucune des données ne change. D’autant plus inutile que les soigneurs estampillés à gauche disputent entre eux au détriment de leurs poulains. Détenir l’oscar du meilleur soigneur potentiel importe seul. Toutes les arguties sont bonnes pour

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Idées
Temps de lecture : 11 minutes

Pour aller plus loin…

Trahison d’un État protecteur : anatomie d’un ressentiment
Essai 25 mars 2026 abonné·es

Trahison d’un État protecteur : anatomie d’un ressentiment

Le sociologue Alexis Spire interroge la défiance croissante des gouvernés vis-à-vis de l’État et des politiques de protection sociale, soumises aux attaques des politiques néolibérales.
Par Olivier Doubre
Marine Tondelier : « Ce n’est pas parce qu’on a subi des revers électoraux qu’on va baisser les bras »
Entretien 24 mars 2026 abonné·es

Marine Tondelier : « Ce n’est pas parce qu’on a subi des revers électoraux qu’on va baisser les bras »

De la vague verte des municipales de 2020 il ne reste que l’écume. Le second tour des municipales a été une douche froide pour Les Écologistes avec la perte des plus grandes villes, sauf Lyon, et peu de conquêtes. La secrétaire nationale du parti confie sa déception et fustige les divisions de la gauche, sans remettre en cause l’idée d’une primaire de la gauche hors LFI pour 2027. 
Par Vanina Delmas et Lucas Sarafian
Ada Colau : « En France comme en Espagne, les gauches doivent se mettre d’accord coûte que coûte »
Entretien 16 mars 2026 abonné·es

Ada Colau : « En France comme en Espagne, les gauches doivent se mettre d’accord coûte que coûte »

Après huit ans à la tête d’une équipe municipale qui a transformé Barcelone (2015-2023), l’ex-maire revient sur son héritage politique et appelle les gauches espagnole et française à construire des alliances larges pour stopper l’extrême droite et proposer un projet politique de justice sociale et de paix.
Par Pablo Castaño
« La commune est l’endroit par excellence de l’exercice du pouvoir démocratique »
Idées 11 mars 2026 abonné·es

« La commune est l’endroit par excellence de l’exercice du pouvoir démocratique »

Développé par des théoriciens proches de l’anarchisme, le communalisme est une forme d’organisation politique où les citoyens exercent directement le pouvoir à l’échelle des communes. Killian Martin revient sur les origines du concept repris par La France insoumise.
Par Alix Garcia