Réfuter les caricatures
Spécialiste du Proche-Orient, Gilbert Achcar démonte dans
un essai les divers récits visant à donner l’image d’un monde arabe majoritairement antisémite, avant et après la création d’Israël.
dans l’hebdo N° 1090 Acheter ce numéro

Politis : Dans l’introduction de votre ouvrage, vous précisez l’avoir écrit avec « l’intention de combattre les caricatures symétriques » que l’on entend souvent sur les Arabes vis-à-vis de la Shoah. Quelles sont ces caricatures ?
Gilbert Achcar : Ces caricatures foisonnent dans la guerre de propagande qui a cours entre partisans d’Israël et pro-Palestiniens ou pro-Arabes. La caricature propagée par les partisans d’Israël présente les Arabes comme ayant été en majorité pro-nazis, en utilisant notamment la figure du trop célèbre mufti Amin Al-Husseini, dit « Mufti de Jérusalem ». Celui-ci s’est en effet réfugié en 1941 auprès des puissances de l’Axe et a passé le reste de la Seconde Guerre mondiale entre Berlin et Rome en participant activement à la propagande de l’Axe en direction des mondes arabe et musulman, et en contribuant même à mettre sur pied deux unités bosniaques musulmanes de la Waffen-SS allemande. Or, la caricature exagère considérablement le rôle réel du Mufti en lui attribuant une responsabilité directe dans le génocide juif, mais, ce qu’elle exagère surtout, c’est sa représentativité ou son impact dans le monde arabe, alors que beaucoup d’éléments tangibles montrent avec certitude que ses exhortations y ont eu très peu d’effets. À tel point que l’armée britannique a compté dans ses rangs