Courrier des lecteurs 1093

Politis  • 11 mars 2010 abonné·es

Il y a eu un précédent à la « journée sans immigrés » : le Mouvement des travailleurs arabes, en septembre 1973, à la suite d’assassinats de travailleurs maghrébins dans la région de Marseille, avait organisé une grève générale de ces travailleurs, en dehors des syndicats, dans les usines et dans les champs.

Paul Oriol


À Denis Sieffert, à propos du voile

Décidément, il est écrit que, le plus souvent en plein accord avec tes éditoriaux, je ne communique avec toi que lorsqu’un différend nous oppose sur un sujet. Je fais référence à notre échange de janvier 2004 à propos du projet de loi sur le voile (n° 785) et à la parution à ce sujet, dans le n° 787 (du 5 février 2004), de ma correspondance in extenso.
De nouveau, je me vois contraint de réagir contre ce que tu présentes comme la position de l’hebdo concernant la présence sur une liste de candidats du NPA dans le Vaucluse, pour les élections régionales, d’une jeune fille portant ostensiblement le voile. Vous seriez, à Politis, « partagés » , c’est ton propre terme, à l’égard de ce signe d’appartenance religieuse. C’est là que réside notre désaccord, et le fait qu’il s’agisse du NPA ne change rien à l’affaire.

Question préalable : est-il admis, en vertu de je ne sais quelle législation ou en l’absence d’icelle, que les candidats figurant sur les listes électorales n’aient pas à respecter les principes de la laïcité et aient la possibilité de faire état d’une appartenance religieuse, le voile ayant à cet égard, qu’on le veuille ou non, une connotation évidente ? Au même titre que toute autre manifestation ostensible d’appartenance à une confession
– il m’a été rapporté en effet que, sur certaine liste socialiste à Sarcelles ou dans sa périphérie, certains candidats arboreraient une kippa. […] Tu me diras, et c’est ce que tu évoques, que c’est peut-être beaucoup de bruit pour rien, et qu’on pourrait s’en foutre ! Mais je pense qu’on est en présence d’une espèce de grignotage de nos principes laïcs républicains par le biais d’initiatives individuelles (voile, burqa, niqab, etc., et bien d’autres dans d’autres domaines). Grignotage visant à tester la capacité de résistance de ces principes avec l’objectif à terme d’en faire sauter l’essentiel pour laisser place à une nouvelle conception de la neutralité laïque, plus ouverte sur la différenciation communautaire, dans laquelle pourraient s’engouffrer non seulement les activistes ou fondamentalistes musulmans,
mais aussi ceux des autres monothéismes. C’est pourquoi je pense qu’il ne faut pas céder la moindre parcelle de terrain sur la conception de la laïcité et qu’il faut exclure, dans le domaine public, toute manifestation d’appartenance religieuse. […]

Jacques Camy


N’oubliez pas Europe Écologie !

Abonné fidèle de Politis , membre des Verts, adjoint au maire, c’est avec une grande colère que je vous écris après la lecture du dossier sur les régionales coordonné par Michel Soudais dans le n° 1090 de Politis. 
Un pôle radical, « fidèle aux objectifs de transformation sociale et écologique », est évoqué. Europe Écologie n’y figure pas. Je rappelle que le mot « radical » signifie, étymologiquement, « aller à la racine ». C’est bien ce que les syndicalistes, altermondialistes, paysans, militants associatifs et adhérents de partis politiques membres d’Europe Écologie promeuvent au quotidien. De transformation sociale, nous débattons. Nos élus agissent en ce sens dans leurs communes, intercommunalités, conseils généraux et régionaux ainsi qu’au niveau des Parlements français et européen.

Notre lecture est d’autant plus radicale qu’elle vise une transformation écologique de la société au profit premier des plus pauvres, des exclus du monde du travail, des « petits » retraités, des sans-papiers, sans-domicile… Oui, nous portons une vraie radicalité.
La carte en page 19 me paraît dès lors tout à fait incomplète.
Mais c’est surtout la page suivante qui m’a fait bondir. Pas une seule photo d’un candidat Europe Écologie. Pire, l’Aquitaine est représentée par Alain Rousset, tête de liste du PS ! Bravo, la gauche radicale ! Il n’a pas besoin de cette publicité. Puissiez-vous reconnaître le travail accompli par les conseillers régionaux verts sortants d’Aquitaine, Monique de Marco en tête. Face à une telle éviction de la première force politique résolument radicale dans le discours et les actes, j’appelle l’équipe rédactionnelle de Politis à plus d’objectivité.


Thierry Hofer, adjoint au maire Vert de Pessac (Gironde)


Les raisons d’un boycott

[…] La campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions), organisée en France par le Collectif pour une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens, dénonce la politique colonialiste illégale menée par les dirigeants de l’État d’Israël. Et plusieurs militants engagés dans cette action se voient poursuivis pour « incitation à la haine raciale » (peu importe que certains d’entre eux soient juifs !). Des syndicats enseignants appuyant cette campagne dans des motions de congrès sont assimilés à des officines antisémites, et les cinémas Utopia sont dénoncés par le Figaro pour avoir, à l’occasion de la projection du film d’Elie Suleiman Le temps qu’il reste , parlé du nettoyage ethnique des villages palestiniens en 1948 par des milices juives (réalité pourtant attestée par des historiens israéliens).

On arrive donc à cette absurdité : hier, était antisémite celui qui considérait que le juif était un être à part, différent du reste de l’humanité ; aujourd’hui, les thuriféraires d’Israël traitent d’antisémite celui qui affirme que « l’État juif » (c’est lui qui se qualifie ainsi) est un État comme les autres, qui ne saurait s’exonérer des règles communes. […]

Jean-Paul Schall, secrétaire de l’association Fosses-Bil’in-Palestine (95)


Précisions sur le PSU

En réponse à la recension par Olivier Doubre du livre le PSU vu d’en bas, dont je vous félicite, et après la mise au point de Bernard Ravenel, juste une critique et une précision. La critique : l’expression « François Furet a qualifié avec justesse » le PSU comme lieu contenant « à peu près toutes les traditions antagonistes du mouvement socialiste depuis la fin de la Première Guerre mondiale ». Non, pas toutes ! […] N’y ont jamais figuré les partisans du colonialisme dit « civilisateur »
ni les partisans d’une alliance au centre. C’est pour cela que la candidature à l’adhésion d’Hernu fut refusée, et que Mitterrand n’aurait jamais dû adhérer.
En revanche, y figurait une ancienne tradition ravivée, celle de l’autogestion et du syndicalisme révolutionnaire, celle de la CGT d’ avant 1914 et du mutuellisme proudhonisant. Quant à Furet, il fit partie d’un commando de nervis UEC normaliens qui agressèrent, y compris en jetant des bouts de miroir cassé, mon parrain Claude Bourdet et d’autres à la tribune au 44, rue de Rennes lors d’un meeting de soutien à la résistance de la Yougoslavie à Staline en 1949 ou en 1950. Je le tiens d’un témoin, mon père, Joseph Fisera, spécialiste de la Yougoslavie.

Vladimir Claude Fisera*

* Auteur de Construire un autre monde : la politique internationale du PSU, 1961-1969, brochure à paraître pour le 50e anniversaire de la fondation du PSU, Tréma, éditions des ATS (40 rue de Malte, 75011 Paris)

Courrier des lecteurs
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