Penser la racialisation

Didier Fassin a dirigé une longue enquête sur les « nouvelles frontières
de la société française ».
Un ouvrage en ressort, dressant le portrait d’un pays qui se découvre multiple.

Pauline Graulle  • 3 juin 2010 abonné·es
Penser la racialisation
© Les Nouvelles Frontières de la société française, Didier Fassin (dir.), La Découverte, 598 p., 28 euros. PHOTO : VERDY/AFP

Politis : Les Nouvelles Frontières de la société française, qui rassemble plus d’une vingtaine de contributions de chercheurs [^2], est le résultat d’une enquête de quatre ans menée dans le cadre d’un programme de recherche sur les questions de l’immigration et de la racialisation, de la xénophobie et du racisme. Pourquoi avoir lancé ce programme ?

Didier Fassin I On reproche souvent aux sciences sociales de produire des travaux décalés, notamment dans le temps, par rapport aux préoccupations de la société. Dans le cas de ce programme, on peut dire au contraire que, tout en respectant la temporalité habituelle de la recherche, nous avons en quelque sorte anticipé les transformations profondes de la France. Lorsque nous avons entrepris cette aventure collective, certains nous ont accusés de plaquer des analyses venues d’ailleurs et de ne pas prendre en compte la singularité française. Or, nous avons débuté nos recherches au moment des émeutes de l’automne 2005, que nos responsables politiques ont interprétées comme la conséquence à la fois d’une immigration non contrôlée et de discriminations non combattues. Et, ironie de l’histoire, notre livre paraît au moment du débat sur l’identité nationale lancé par le gouvernement, qui repose à la fois sur une vision nativiste de la nation et sur une stigmatisation des étrangers… On voit donc

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Idées
Temps de lecture : 7 minutes

Pour aller plus loin…

« Des intellectuels dits de gauche n’ont pas eu un regard pour la souffrance palestinienne »
Entretien 16 février 2026 abonné·es

« Des intellectuels dits de gauche n’ont pas eu un regard pour la souffrance palestinienne »

Denis Sieffert, éditorialiste à Politis, publie La mauvaise cause. Les intellectuels et la propagande israélienne en France. Il s’interroge sur les ressorts qui ont conduit, depuis deux ans et demi, des intellectuels à ignorer le massacre et la souffrance des Palestiniens, le génocide à Gaza et les agressions racistes en Cisjordanie. Entretien.
Par Olivier Doubre
Aux États-Unis, le règne des technofascistes
Essais 12 février 2026 abonné·es

Aux États-Unis, le règne des technofascistes

La réélection de Donald Trump rend tangible l’objectif de certaines élites de la Silicon Valley : se débarrasser des démocraties libérales occidentales et prendre le contrôle sur les États-nations. Deux ouvrages analysent ce phénomène déjà en cours.
Par Thomas Lefèvre
Thomas Lacoste : « Créer un pare-feu autour de ceux qu’on a érigés en “écoterroristes” »
Entretien 10 février 2026 abonné·es

Thomas Lacoste : « Créer un pare-feu autour de ceux qu’on a érigés en “écoterroristes” »

Dans un film d’entretiens passionnant, le réalisateur de Soulèvements dresse le portrait choral du mouvement des Soulèvements de la terre. Il met ainsi en lumière la personnalité et la pensée de ces militants qui luttent pour la défense de nos communs.
Par Vanina Delmas et Christophe Kantcheff
La pollution, un impensé colonialiste
Analyse 6 février 2026 abonné·es

La pollution, un impensé colonialiste

Chlordécone aux Antilles, pénuries d’eau à Mayotte, aires d’accueil de gens du voyage contaminées, quartiers populaires asphyxiés… Les populations racisées paient le prix fort d’un racisme environnemental que l’écologie dominante peine encore à nommer.
Par Thomas Lefèvre