Grogne des magistrats : du fait divers à l’affaire politique

Jamais les magistrats, de gauche comme de droite, n’avaient manifesté avec un tel ensemble. Par démagogie, Nicolas Sarkozy a provoqué la colère des juges, et même celle des policiers.

Jennifer Austruy  • 17 février 2011 abonné·es
Grogne des magistrats : du fait divers à l’affaire politique

Au départ, « l’affaire Laëtitia » est un fait divers. L’histoire d’un crime sordide comme, hélas, il en a toujours existé. Mais, en quelques jours, l’affaire est devenue politique. Une affaire qui pose le problème de l’indépendance de la justice, de ses moyens, et de l’idée que l’on peut se faire d’une démocratie. Il a suffi pour cela que Nicolas Sarkozy, selon son habitude, s’empare du fait divers et de l’émotion que le crime a pu susciter dans l’opinion pour attaquer violemment l’institution judiciaire, et triturer à sa guise des concepts de droit que le président de la République, plus que tout autre, devrait sacraliser. Il parle de « présumé coupable » au lieu de « présumé innocent » , utilise la notion de « multi­récidiviste » pour suggérer la répétition de crimes sexuels, alors que ce n’est pas conforme à la réalité, insinue que le prévenu a été libéré avant terme, ce qui est faux, et laisse entendre que le contrôle judiciaire aurait pu éviter le crime, induisant l’opinion en erreur sur la nature et la fréquence de ces contrôles.

Fouler ainsi le droit – quand celui qui se livre à ces attaques contre les règles de notre société et contre les magistrats est le Président lui-même –, est-ce sans dommages pour la démocratie ? Pour

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Société
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