« Le juge d’instruction doit être un emmerdeur »
Marc Trévidic est juge d’instruction au pôle antiterroriste du tribunal de grande instance de Paris. Il est spécialiste des filières islamistes et l’un des chefs de file de la fronde des fonctionnaires de la justice. Il publie un livre revenant sur son parcours et dénonçant les pressions de l’exécutif.
dans l’hebdo N° 1143 Acheter ce numéro

Politis : Quelles sont les limites du discours d’un juge quand on écrit un livre comme celui-ci, sur l’instruction, vue de l’intérieur ?
Marc Trévidic : Il faut taire les affaires en cours, rester prudent avec ce que l’on dit, respecter le devoir de réserve sur ses collègues, sur certaines difficultés internes, tout en restant critique. Il ne s’agit pas de s’interdire toute réflexion, tel ou tel sujet, comme les rapports difficiles entre le parquet et l’instruction, entre la justice et le pouvoir. D’autant que le vrai danger dans l’antiterrorisme, c’est l’instrumentalisation de la justice. C’est une matière qui touche au politique de façon importante.
Vous insistez sur ce qui ressemble aujourd’hui à une démolition de la justice…
D’une manière générale, le président de la République a voulu supprimer l’instruction pour que les enquêtes soient dirigées par le parquet. Et s’il y a des matières où le pouvoir exécutif veut avoir le contrôle, c’est vraiment l’antiterrorisme et les affaires politico-financières. Si l’Élysée veut supprimer le juge d’instruction, ce n’est pas par rapport à Outreau, au droit commun. Ce qui se passe à Auxerre, ou dans le Nord, ça ne le passionne pas trop. L’idée du Président est d’avoir la maîtrise totale sur ce qui l’intéresse : la finance, les affaires d’État, l’antiterrorisme. Après, le système français est le même pour tous : si l’on supprime le juge pour ce type d’affaire, on est bien obligé de le supprimer globalement ! Tout l’enjeu est de supprimer un acteur qu’on ne contrôle pas complètement. Mais il ne faut pas se leurrer ; on le contrôle un peu, à travers une hiérarchie, à travers le parquet, qui ouvre ou n’ouvre pas une information, ou rend plus difficiles les constitutions de partie civile. Cela ne s’est pas trop remarqué, mais auparavant on pouvait directement se constituer partie civile devant un juge d’instruction. Il n’y avait