« Il faut suivre de près l’Arabie Saoudite »

Élisabeth Longuenesse, sociologue en poste à Beyrouth, dresse un panorama des révolutions arabes et analyse leurs retombées sur la vie politique libanaise et sur le conflit israélo-palestinien.

Olivier Doubre  • 21 avril 2011 abonné·es
« Il faut suivre de près l’Arabie Saoudite »
© Élisabeth Longuenesse est directrice du département des études contemporaines de l’Institut français du Proche-Orient à Beyrouth. Photo : AFP / Guez, Haidar

Politis : Nous sommes ici à Beyrouth, dans l’un des bâtiments de la Mission culturelle française. Avant de parler des révolutions arabes, évoquons le Liban. La société porte-t-elle encore des traces de la guerre civile ?

Élisabeth Longuenesse : Cette mé­moire est toujours vive au Liban, toutes communautés confondues [^2]. Les traces physiques de la guerre, qui a duré globalement de 1975 à 1990 (avec des périodes d’accalmie), sont encore nombreuses, même si la reconstruction a été rapide dans certains cas. Mais il s’est passé beaucoup de choses depuis : le retrait des Israéliens du Liban-Sud, en 2000, l’assassinat de Rafic Hariri en février 2005, suivi par le retrait des Syriens, et surtout la terrible guerre entre Israël et le Hezbollah durant l’été 2006.

Il y a toujours un fort clivage communautaire, mais les enjeux politiques ne sont plus les mêmes que pendant la guerre civile. D’abord, la situation des Palestiniens a changé : l’OLP n’est plus là pour les protéger, leurs conditions de vie, dans les camps et hors des camps, sont misérables, et les groupes sont traversés par la rivalité entre le Fatah et les organisations radicales, comme le Hamas et le Jihad islamique, ou le FPLP-Commandement général (pro-syrien). Ensuite, la vie politique libanaise s’est structurée depuis 2005 en deux camps, entre les partisans de ce qu’on appelle le « 8-Mars » et ceux du « 14-Mars », dates de deux grandes manifestations à Beyrouth après la mort de Rafic Hariri.

Le 8 mars 2005, les partisans des partis pro-syriens, le Hezbollah, Amal, et quelques petits partis chrétiens ou transcommunautaires, sont descendus dans la rue pour affirmer leur fidélité à la Syrie et leur refus de l’interventionnisme occidental. Le 14 mars, une manifestation encore plus massive de l’opposition de l’époque

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