Affaire DSK : « Aujourd’hui, on est dans la narration »
Les accusations de Nafissatou Diallo se dégonflent : la justice américaine lève l’assignation à résidence de DSK. La journaliste française Tristane Banon porte plainte contre lui pour tentative de viol huit ans plus tôt. L’affaire DSK apparaît comme le symptôme d’une société du spectacle débridée. Éric Maigret, sociologue, spécialiste de la critique des médias, livre son regard sur « l’affaire DSK » et son traitement par les médias.
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Politis : Avec ce qu’on appelle désormais « l’affaire DSK », on a l’impression d’un feuilleton à rebondissements qui se déroule sous nos yeux depuis des semaines. Les médias contribuent-ils, selon vous, à nous présenter cette affaire comme une fiction aux multiples séquences ?
Éric Maigret : C’est le fonctionnement classique des médias aujourd’hui. Surtout depuis que l’information continue est reine. Ils sont sans cesse désormais dans la narration, l’exagération et la recherche permanente du « scoop ». Je prendrai juste pour exemple cette chose ridicule que sont les caméras postées devant l’immeuble de DSK à New York, où le moindre mouvement d’avocat est retransmis et rediffusé des milliers de fois. Ce n’est pas en voyant une voiture arriver que l’on apprend quoi que ce soit. C’est la logique délétère du scoop, qui, en fait, ne rend pas compte de la progression réelle des événements : on sait bien que c’est surtout dans des bureaux, par des coups de téléphone qu’il se passe des choses, plus profondes mais plus souterraines. Il est donc évident que ces images sont un écran de fumée qui ne permet pas de comprendre mieux l’affaire. Toutefois, les médias en général font aussi leur travail. Ils configurent l’événement, ils le créent, ou le