Bayrou, Mélenchon, Joly : bonne année, bonne santé
En ce début d’année électorale, les cérémonies de vœux des candidats à la présidence donnent quelques pistes sur leur future campagne. Exemple cette semaine avec trois challengers qui entendent sortir du bois en mai prochain.

Une nuée de caméras de télé, des dizaines de photographes , l’ensemble de la presse écrite… Mardi 3 janvier, à 12h15, François Bayrou affiche le sourire des bons jours pour ses vœux à la presse, organisés dans son QG, sur la très chic rue de l’Université (Paris VIIe). Derrière son pupitre (où le « @Bayrou » de Twitter a remplacé la traditionnelle mention du site internet), le « troisième homme » de 2007 annonce la fin du « temps de la solitude » devant un petit parterre de soutiens. En costume sobre, il esquisse son programme pour 2012 : un effort d’économie sur les dépenses publiques « conduit sans drame et sans déchirement » , la promotion du « achetez français » , la « reconquête éducative » , la reconstruction du « moral de la France » par la reconstruction de « la morale publique » : « Il suffit que les Français le décident pour qu’en un seul jour, les groupes de pression, les réseaux d’intérêt, trouvent désormais à l’Elysée porte close » . Discours plutôt réussi pour le Palois du Modem. Comme le buffet froid style « campagnard chic » (ronde des fromages sur vin rouge agrémentée de quelques toasts de foie gras) sur lequel s’achève la rencontre.
Des vœux qui « claquent comme des consignes »
Ambiance plus « prolo », le lendemain, à « l’Usine », aux Lilas (93). On a beau être au siège de campagne du « candidat anti-austérité » , c’est un apéro de crise (le frugale « pain-rillettes ») qui nous attend au tournant. À la tribune, Jean-Luc Mélenchon, en moyenne forme -il sort d’un régime-, relève toutefois l’exercice haut la main. Moins affable que Bayrou avec les journalistes – « ç a y est ? C’est fait ? » , lance-t-il piquant au banc de poissons des photographes – il commence par un solennel « Mes chers compatriotes » . Après un dézingage en règle du mandat de Sarkozy – « l’homme d’un système à l’agonie » -, le candidat du Front de gauche, qui arbore (évidemment) la cravate rouge, se livre à la présentation « de vœux qui claquent comme des consignes » : « Résister » , « prendre le pouvoir » , imposer « la loi du partage de bon gré ou de force » . Il ose quelques pointes d’humour : 2012, année du tricentenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau « qui, trois siècles avant l’heure, votait “non” au Traité de Lisbonne » , et des 150 ans des Misérables , ce « magnifique roman populiste » (sic). Et de mettre en garde, pour finir, contre le « PMU politique » et les « calculs tacticiens » … En clair, 2012 ne sera pas l’année du vote utile.
Collectif et soudé
Ce n’est pas l’avis d’Eva Joly, qui fêtait jeudi matin la nouvelle année à la Bellevilloise (dans le bobo XXe arrondissement parisien), en invitant Bayrou, Hollande et Mélenchon à « s’engager pour un désistement réciproque » en faveur du vainqueur du premier tour. Sans doute le vœu le plus pieux de ces trois jours ! Suite aux récentes tensions entre le parti des écologistes et la candidate, EELV a décidé de la jouer collectif et « soudé » . Sur l’estrade, on a pris soin de représenter toutes les sensibilités du mouvement avec le défilé de quatre porte-parole. Cécile Duflot, Dominique Voynet, Sergio Coronado, et Michèle Rivasi qui déplorent une année marquée par l’accident nucléaire de Fukushima et « un quinquennat de conflits d’intérêt et de copinage » . Joly, en tailleur et talons noirs, égrène un rien laborieusement ses idées : augmentation de la CSG, révolution industrielle écologique, sortie du nucléaire, instauration d’une « République irréprochable » … Une mention spéciale pour les agapes d’EELV – où on jure que, du pignon de poulet grillé au nêm en passant par la bouteille de Bourgueil, « tout est bio » . Pour une nouvelle année roborative !
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