Soirée électorale, le résumé complet

« Images rares » sur France 2, brouhaha et séquences ridicules sur TF1, priorité à Le Pen sur l’antenne de France Inter : l’acte 1 du scrutin présidentiel s’est joué dimanche soir dans les médias. Résumé.

Politis.fr  • 22 avril 2012
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Soirée électorale, le résumé complet
© Photo : AFP / Thomas Coex

Curiosités du service public. Pour la première fois, France 3 n’est pas invitée à participer au premier tour de la présidentielle, sinon avec les carabiniers, après 22 h 20 heures et une énième diffusion d’Oscar, pur jus De Funès, tandis que France 5 mise sur une audience sans doute record en diffusant un documentaire sur « l’incroyable marché des animaux de compagnie » qui ne déplairait pas à Brigitte Bardot.

C’est à France 2 d’assurer le premier tour, dès 18 h 45. Soit 1 h 15 avant le dévoilement des premiers résultats. Et 1 h 15 de pubs, de ressassements sur la participation, avec un JT raccourci. Les résultats sont connus depuis 17 heures ; ils vont légèrement se modifier dans les faveurs de Marine Le Pen. Il s’agit donc de combler les béances.

France 2 : opérations portes ouvertes

A 19 h 30, Rémy Pflimlin accompagne Ségolène Royal sur le plateau de la chaîne. Elise Lucet annonce la bataille du « troisième homme » . Forcément, elle connaît les résultats. C’est à ce moment-là que le président de France Télévisions revient aux côtés de Gilbert Collard. Quelques minutes plus tard, il est avec Manuel Valls, puis Rachida Dati et Alain Juppé. Il fait des allers et retours entre le plateau télé et l’esplanade de France Télé. Il ne manque plus que le générique de « Champs Elysées ». Entre deux réceptions, brefs et furtifs reportages, et un direct, à voix basse depuis le bureau corrézien de François Hollande rédigeant sa déclaration. « Une image rare dans une élection présidentielle » , précise fièrement Elise Lucet. France 2 tient son scoop ; elle le sait. Pendant ce temps-là, Rachida Dati se fait maquiller devant les caméras. Brice Tinturier est invité à la table, comme un candidat.

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20 heures. Tombent les premières estimations. France 2 choisit d’enchaîner d’emblée sur des images du quartier général de l’UMP. Le premier à prendre la parole est Manuel Valls, qui salue « le taux de participation » et le score de son chef. Alain Juppé réplique : « Rien n’est joué » . Ségolène Royal souligne que « pour la première fois, un candidat sortant n’arrive pas en tête » . Eva Joly est la première à intervenir, puis Jean-Luc Mélenchon. Tous deux prônent un second vote contre Nicolas Sarkozy. Toujours en plateau, Ségolène Royal salue « la fougue du candidat du Front de gauche » .

À 21 h 05, depuis la rue de Solferino, Lionel Jospin savoure François Hollande en tête de pont. A 21 h 10, sans prononcer le nom de François Hollande, Jean-Luc Mélenchon reconnaît avoir perdu face à Marine Le Pen et confirme sa volonté de battre Sarkozy. A 21 h 20, comme toutes les autres chaînes, France 2 diffuse l’allocution de François Hollande. Après quoi, les chiffres s’affinent, se précisent. France 2 rabâche. Quinze à vingt motos suivent la voiture de Nicolas Sarkozy aux vitres fumées, façon télé réalité, en route vers la Mutualité. La spectacularisation bat son plein.

Contrairement à 2007, Sarkozy se refuse à baisser sa fenêtre. Elise Lucet coupe la parole à Philippe Poutou, tout simplement parce que Martine Aubry arrive en studio. Il n’y a plus rien à dire ; les carottes sont cuites, et même trop cuites.

TF1 : « Ici Louviers »…

Sur TF1, les deux jumelles, Claire Chazal et Laurence Ferrari, blondes et tout de blanc vêtues, ont eu quelques difficultés à rendre audible leur premier plateau : Jean-François Copé, toujours aussi vindicatif, a sorti ses éléments de langage avec sa virulence habituelle : « François Hollande est une anguille » , « on ne sait rien de son programme » .

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Un bref échange entre Marie-George Buffet (PCF/Front de gauche) et Pierre Moscovici, et Copé ironise sur les « négociations qui ont déjà commencé » . Au mépris de ce que venait de dire Jean-Luc Mélenchon, qui venait d’inviter ses électeurs à battre Sarkozy « sans rien demander en échange » . Même clarté, en plateau, de la part de Marie-George Buffet et de Cécile Duflot (EELV) qui appellent à voter Hollande. Quant aux 19% de Marine Le Pen, Copé les analyse avec mansuétude comme « un vote de crise » . On épargne le FN car « le combat continue » , conclut sans surprise Copé.

Le deuxième plateau est plus calme. Dans le style Juppé… et Moscovici. « Tous les chefs de gouvernement européen ont été battus, en raison de la crise » , note Juppé. L’argument doit mettre en évidence le bon score de Sarkozy (sic). Il est à double tranchant. Côté FN, aussi bien Louis Aliot que Florian Philippot n’ont qu’un mot à la bouche, qu’ils dégainent à tout instant : « N’insultez pas les électeurs du Front national » . Plus profondément, Florian Philippot laisse poindre la stratégie à moyen terme du FN en évoquant la probable « guerre des chefs à l’UMP » . De ce côté-là, on rêve visiblement de recomposition à droite… Une droite très à droite.

Interrogée sur le score de Jean-Luc Mélenchon, Clémentine Autain (FdG) se dit « pas déçue » . Elle rappelle que l’on donnait au départ Jean-Luc Mélenchon « entre 3 et 5% ». Elle souligne qu’une « force politique nouvelle est née qui a mis au centre du débat le partage des richesses ».

Au total, une soirée télé très conventionnelle. Avec deux ridicules séquences de course poursuite entre les motos de TF1 et la voiture de François Hollande dans les rues de Tulle, puis celle de Nicolas Sarkozy rejoignant son QG de campagne. Caméras embuées par la pluie. Passionnant ! Autre futilité : le micro-trottoir de Jean-Pierre Pernaut à Louviers (Eure), supposée être la ville témoin. Superflu, à ce petit détail près:  « l’électeur » du FN, sollicité par Pernaut indique qu’il votera Sarkozy. Serait-ce le message venu de « Louviers »  ? Et de la soirée ?

Mélenchon saucissonné sur France Inter

« Je crois que l’anti-sarkozysme nous plombe » , avait déclaré il y a quelques jours au Point.fr Philippe Val. Le directeur de France Inter, qui visait là notamment l’émission de Daniel Mermet, a dû faire la tête ce soir au vu des résultats peu favorables au président sortant, à qui il doit sa place. Contrairement à lui, on ne semblait pas si déprimé dans les studios de France Inter, entre 18 heures 30 et minuit, grosse émission spéciale pour ce premier tour.

À 20 heures, pas de personnel politique sur la chaîne – les premiers responsables de parti interviendront à partir de 21h30. L’auditeur bénéficie des analyses des journalistes et d’ « experts » du suffrage universel : Gérard Grunberg, du CNRS, et Dominique Reynié, l’homme qui s’est honoré à qualifier Jean-Luc Mélenchon de « populiste » , renvoyant dos à dos le candidat du Front de Gauche et la candidate du Front national.

Sans originalité, les commentateurs sont obnubilés par le score de Marine Le Pen. Est-ce pour cette raison qu’elle sera la seule des candidats – hormis les deux premiers de l’élection, François Hollande et Nicolas Sarkozy – dont l’allocution est diffusée en intégralité ? Eva Joly ? Coupée en plein discours. François Bayrou ? Entendu partiellement, parce que, disent les journalistes, il a fait « très court » . C’est sa faute, donc, le candidat du Modem n’avait qu’à s’exprimer plus longtemps. Jean-Luc Mélenchon ? Son intervention est saucissonnée. Son appel à « battre Sarkozy » passe vingt minutes après ses premiers mots. Absurde.

Comme par hasard, la gauche de gauche fait les frais des « lumières » de Dominique Reynié. « Tous les candidats communistes réunis » , dit-il, rassemblant dans cette expression Mélenchon et les candidats d’extrême gauche, « réalisent 12,5%. C’est moins que dans toutes les élections présidentielles antérieures » . En 2007, Marie-George Buffet et les candidats trotskystes réalisaient au total 7,68% (9% avec José Bové). Dominique Reynié est « un expert » qui, dans les studios de France Inter, avait sans doute perdu sa calculette.

Canal +, priorité… au foot

Sur Canal + c’est l’équipe du Grand Journal qui officie avec le renfort de Anne-Sophie Lapix (Dimanche +) et des stars de l’antenne, mobilisées pour meubler avant 20 h et animer, non sans autodérision, les directs devant les QG de campagne. Sur le plateau, Arnaud Montebourg salue la « sanction écrasante pour le président sortant qui n’arrive pas en tête au second tour » , une première, dit-il, dans l’histoire de la cinquième République. Puis très vite et sans se ménager, le président du Conseil général de Saône-et-Loire « remercie » M. Mélenchon « pour avoir porté des sujets sociaux très importants dans cette campagne.»

Nicolas Bay, membre du bureau politique du Front National, jubile avec un grand calme et claironne devant le score de Marine Le Pen, « supérieur aux sondages et au score de 2002. » C’est Clémentine Autain qui lui répondra au nom du Front de Gauche, après avoir, dès ses premiers mots, appelé « sans ambiguïté » à voter pour le candidat socialiste.

« La gauche de transformation sociale et écologique n’avait pas fait un score à deux chiffres depuis très longtemps. Nous nous étions fixés d’être devant le Front National. Nous sommes déçus. Mais nous sommes vent debout pour faire battre la droite et l’extrême droite. »

Pour défendre l’UMP, un peu esseulé dans ce débat, Jean-Pierre Raffarin fustige – c’est l’« élément de langage » du soir – un « vote de crise, avec un vote contestataire très important » pointant tout de même « le total gauche très faible » . Laurent Wauquiez murmure pour sa part que le « message de colère et d’inquiétude adressé par les Français à travers le vote FN » ne concerne « pas seulement les questions de sécurité et d’immigration » avant de ressortir un gimmick qui lui est cher : sa « conception du social » , « au service des travailleurs et contre la dérive de l’assistanat. »

Dans une brève apparition en fin de retransmission, Aurélie Filipetti réussit à glorifier « l’exploit électoral de son candidat François hollande. Le score le Marine Le Pen , estime la porte-parole du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, est l’échec de Sarkozy en matière industrielle. »

La retransmission en clair s’achève peu après 21 h, sans attendre les déclarations des deux candidats qualifiés pour le second tour. Ce dimanche soir, Lyon reçoit Lorient. Priorité au foot.

BFM TV : le compte à rebours permanent

La première chaîne tout info de France donne la priorité à une certaine idée du direct : des résultats sans candidat, des analyses dans le vide, des courses à moto et Anne Sinclair sans pull mohair.

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Le compte à rebours s’affiche fièrement en haut à droite de l’écran depuis hier, et à 20 heures ce soir : rien. Des estimations, mais peu de spectacle et pas de parole politique. Sur le plateau, Luc Ferry est redevenu « philosophe» , et prend la pose avec Alain Madelin : les deux commentateurs côte à côte donne un faux air de Muppet Show à la soirée. Derrière Ruth Elkrief, qui mène le bal, un grand écran assure l’animation : en split-screen, les images en direct des QG de campagne des 10 candidats du 1er tour. Les envoyés spéciaux braqués sur leur téléphone ont oublié qu’ils étaient à l’image. La première allocution d’après résultat est pour Eva Joly. Elle ne sera pas en direct sur BFM TV. Et à 20 heures 30, toujours pas de Anne Sinclair, pourtant annoncée.

Les politiques ne viennent pas en plateau : les interviews se font du QG des candidats. Les seconds couteaux défilent, Valérie Pecresse, Benoît Hamon, Ségolène Royal; ils tiennent eux-mêmes le micro estampillé BFM et répondent sagement aux questions de Ruth Elkrief. Pendant ce temps, Olivier Mazerolle regarde sa calculette et analyse les résultats. Moitié pénétré, moitié perdu, celui qui animait les grandes soirées électorales de France 2 il y a 10 ans reste silencieux : dommage pour un journaliste.

20 heures 39 : Anne Sinclair arrive, sourire éclairé et laque brillante. Au même moment, François Fillon donne son allocution en direct de Matignon – mais Anne Sinclair parle. Tant pis pour le Premier Ministre. Tant pis pour la priorité au direct. A 22 heures 30, Anne Sinclair a disparu, et c’est Caroline Fourest qui a pris le relais. La star en mohair n’a été qu’une poussière d’étoile.

_Christophe Kantcheff, Erwan Manac’h, Jean-Claude Renard et Denis Sieffert.

Politique
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