Exit Nicolas Sarkozy
Tout juste élu, François Hollande prend un costume de « rassembleur », dans la continuité de sa campagne.

À 20 heures, l’affaire était cousue de fil blanc depuis près d’une heure
déjà. Mais il fallait entretenir le suspense. D’où d’infinies précautions
de David Pujadas sur France 2. Mais les supporters, qui ne sont pas
tenus à cette réserve, avaient vendu la mèche depuis un bout de temps.
Bouilles réjouies du côté de Solférino, sourires hilares et tapes dans le
dos du fiston, Thomas Hollande, félicité par les copains. Foule à la
Bastille où se préparait la fête « de gauche », désert et sinistrose à la
Concorde, et calvaire de ces journalistes qui font la planque devant
l’Elysée où, nous a-t-on dix cent fois, Nicolas Sarkozy prépare
les « éléments de langage » pour ses porte-parole. À 20 heures
précises, le fiston est porté en triomphe. Mais sur les plateaux télé, le
rêve fait long feu. Il y a un fort contraste entre l’ivresse de la victoire
place de la Bastille où la comédienne Clémentine Célarié joue les
agents d’ambiance ( « Je redeviens une citoyenne fière de mon pays » )
et les plateaux de télé où les uns la jouent modeste, et où les autres
n’en finissent pas de lancer des piques.
Jean-
François Copé lance la
campagne des législatives
Sur France 2, l’atmosphère
était beaucoup plus fraîche. Côté socialiste, Jean-Marc Ayrault,
Manuel Valls, Ségolène Royal récitent le
bréviaire « républicain » : « Nous pensons aussi à tous ceux qui n’ont
pas voté pour François Hollande » . Côté Jean-Pierre Raffarin, la
critique de la campagne de Sarkozy affleure : « Je regrette que la
gouvernance de la campagne n’ait pas été diversifiée et que des
centristes n’aient pas été plus présents autour de Nicolas Sarkozy » .
Mais on attendait évidemment avec impatience la réaction de Jean-
François Copé qui s’est illustré par sa hargne au cours des dernières
semaines. Fidèle à lui-même, Copé a lancé sans perdre une minute la
campagne des législatives. À moins qu’il n’ait pas achevé la
campagne présidentielle. Copé revient sur « la règle d’or » , sur « le
droit de vote des étrangers » . Henri Guaino, l’homme des discours, est
à peine plus fair play : « L’écart est finalement très mince. Il aurait
suffit de quelques centaines milliers qui basculent » . Soit, c’est ce qui,
en démocratie, fait la différence entre une victoire et la défaite.
Même sérieux des socialistes sur la Une. Pierre Moscovici se contente
de rappeler les premières mesures que devrait prendre François Hollande. Mais là, le ton est plus crispé, en raison surtout de la rage
de Nathalie Kosciusko-Morizet qui nous fait part de son « analyse » :
c’est la faute du Front national. « C’est le vote blanc » . Dépit
amoureux. Ce qui lui vaut une réplique de Marine Le Pen : « C’est
Nicolas Sarkozy qui a participé à la victoire de François Hollande » .
La dirigeante du FN semble attendre avec gourmandise les premiers
spasmes de la crise de la droite.
Nicolas Sarkozy *« porte toute la
responsabilité de cette défaite »*
À la Mutualité, Nicolas Sarkozy prononce un discours qui ressemble
à un adieu à la politique. Il a tout d’abord du mal à se faire entendre.
Les huées fusent chaque fois qu’il prononce le nom de François
Hollande, et qu’il évoque « le choix des Français » . Comme s’il ne
pouvait plus maîtriser le climat qu’il a lui-même instauré. Sarkozy,
comme il en a l’habitude, nous parle de lui, de ses joies et de ses
peines. Est-ce vraiment le sujet en cette soirée ? « Je porte toute la
responsabilité de cette défaite » , finit-il par reconnaître. « Et il me faut
en tirer toutes les circonstances » . Long couplet moralisateur sur son
avenir personnel : « Après 35 ans de mandat politique (…) jamais je
pourrais vous rendre ce que vous m’avez donné (…) Vous m’avez fait
un beau cadeau (…) Je vous aime » . « Nicolas, Nicolas ! » scande la
foule. Pas une once de politique. Le propos de quelqu’un qui a vécu
son mandat comme une aventure personnelle. Et qui en a terminé avec
sa carrière.
Sur TF1, Jean-Luc Mélenchon, lui, revient à la politique, et donne un
peu de hauteur au débat : « Nous venons de briser l’attelage Merkel-
Sarkozy, et cela résonne dans toute l’Europe » . Le candidat du Front
de gauche félicite tous ceux, les syndicalistes notamment, « qui
ont résisté au cours de ces années » . Au rythme des passages d’un
plateau à l’autre, on commence à comprendre les fameux « éléments
de langage » dictés depuis l’Elysée, et que répètent tous les porte-
parole de la droite : c’est une petite défaite par rapport aux autres pays
européens où tous les partis au pouvoir ont été balayés. Juppé ne nous
épargne pas cette litanie.
Peu avant 21h30, François Hollande, depuis Tulle, parle enfin. : « Je
m’engage à servir mon pays avec exemplarité » . Il parle de « dignité
et de la responsabilité » . On entend, bien sûr, en creux une vive
critique du sarkozysme. « Il n’y a pas deux France qui se font face
(…) Trop de fractures ont pu séparer nos concitoyens. Le premier devoir c’est de rassembler » . Il rappelle ses deux priorités : éducation
et réorientation de l’Europe, pour l’emploi, pour la croissance. Il
demande à être jugé sur « deux engagements majeurs : la justice et la
jeunesse » . Du classique, rien que du classique.
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