Le jour où François a pris la Bastille…
Des cris et des larmes, hier soir, sur la place de la Bastille, où on fêtait la vitoire de François Hollande… et surtout, la défaite de Sarkozy.

Il est 20h. Les écrans géants affichent le visage de François Hollande dans un silence contenu. 51,9 %. Les cris de joie exultent, et les bouchons de champagne volent dans les airs aux cris de « Sarkozy, t’es fini ! », scandés par la foule. « En 1981, il pleuvait des cordes et on criait « Mitterrand, du soleil ! », dit Jérôme, clope roulée au bec. Aujourd’hui, il fait beau, mais c’est la même ambiance. » « On veut une présidence plus humaine, on ne veut plus de mensonges, plus de transgression… » , enchaîne Mary-Ann, qui pense à ses « potes sud-Américains qui sont très attentifs aux élections françaises » , et se souvient « avoir dansé sur les tables à Cap Breton » lorsque Mitterrand a été élu.
« Mélenchon à Matignon ! »
Malgré l’ambiance survoltée, on reste prudents. Car la victoire, c’est d’abord la défaite de Sarkozy : « Je suis un peu pessimiste, avoue Boris, créateur de dessins animés de 28 ans, qui a voté Mélenchon au premier tour. Hollande ne changera pas radicalement les choses, mais je compte sur lui pour apaiser les idées xénophobes largement diffusées sous le mandat de Sarko ». « Hollande réhabilite les fondements de la République : “liberté, égalité, fraternité” qui font la fierté de la France, alors que Sarkozy les a salis pour quelques voix du Front national. Je suis juste un peu déçue qu’il ait si peu parlé de culture pendant les débats » , estime Isabelle, 31 ans, native de Tulle, le fief de François Hollande.
« Hollande va savoir s’entourer, et privilégier la réflexion à l’action compulsive, veut croire Nadège, psychanalyste. On va sortir de la diabolisation de l’Etat-Providence ».
À quelques dizaines de mètres de la Bastoche, où il faut se méfier des mouvements de foule, le café « Rey » est à peine plus calme. Serrés comme des sardines devant l’écran, on regarde France 2 et Sarkozy qui fait son discours. « Je le trouve assez classe pour une fois » , estime Marie, danseuse, venue avec sa petite Clémentine de 3 ans. Quelques minutes plus tôt, les sanglots contenus de Ségolène Royal l’ont émue : « Un mélange de joie et de nostalgie… C’est comme si elle contemplait la victoire qu’elle n’avait pas eue » . Henri Guaino apparaît sur l’écran : « Souviens-toi du discours de Dakar ! Et retournes-y ! » , lance, sourire narquois aux lèvres, un téléspectateur.
Emmanuel, 22 ans, bouteille de champagne dans la poche de la veste et drapeau « Europe Ecologie les Verts » dans la main, se prend à rêver : « Moi, en tant que militant Vert, je voudrais Eva Joly à la Justice ou à l’écologie. Le gouvernement socialiste doit faire un pas vers les écolo, qu’il ne se foute pas de nous… » « Jean-Marc Ayrault premier ministre, ce sera quand même mieux que Valls » , se console un jeune homme. «François, président, Jean-Luc, premier ministre ! » , crie un autre.
Un peu plus loin, rue de Charonne, les klaxons résonnent, comme les « Sarko, en prison ! Mélenchon à Matignon ! » Personne n’a encore trouvé la rime avec « Hollande »… Nico, musicien, se lance : « Quand je pense à Hollande… »
Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.
Faire Un DonPour aller plus loin…
« La victoire de Glucksmann ne vaut pas blanc-seing pour sa stratégie anti-alliance »
Après la victoire de Glucksmann, les ralliements à Mélenchon se multiplient
Colère lycéenne : Gabriel Attal mise sur l’autorité, Jean-Luc Mélenchon sur la rupture



