Quand Mahalla se lève…
Si le « oui » à la Constitution semble en tête dans le pays après le vote de samedi, et en attendant la fin du scrutin le 22 décembre, des îlots de résistance perdurent. Correspondance de Marie-Lys Lubrano.
dans l’hebdo N° 1232-1234 Acheter ce numéro
Chaque fois que Mahalla a averti le pouvoir en place que ses 40 000 ouvriers allaient se fâcher, le reste de l’Égypte a commencé par lui rire au nez. Comme s’il n’était pas possible de prendre au sérieux les 500 000 habitants de cette cité plantée dans le delta du Nil, considérés par leurs compatriotes au mieux comme des bouseux, au pire comme des arriérés xénophobes. Les Égyptiens ont en effet coutume de dire de Mahalla que c’est une ville où l’on n’a aucune raison d’aller. Moche, sale, balayée par le vent et la poussière, entourée de champs exhalant l’odeur des poubelles, parsemée d’immeubles aux façades tristes où pendent parfois des banderoles déchirées, la capitale industrielle du pays n’offre à leurs yeux aucun intérêt. Aussi, quand une poignée d’activistes a déclaré la ville « indépendante des islamistes », du Caire à Alexandrie, tous leurs camarades ont souri.
Mais les habitants de Mahalla, eux, ne plaisantent pas. Ils n’ont pas le cœur à ça. Comme ces trois vieux ouvriers d’une usine textile, buvant le thé dans un local défraîchi. En savates, vêtus de pantalons usés et de pulls