Drogue : une salle de consommation bientôt à Paris

Matignon a donné son feu vert, mardi 5 février, à l’ouverture d’une première salle de consommation à moindre risque. Une annonce saluée par les associations et une majorité des élus de gauche.

Olivier Doubre  • 7 février 2013
Partager :
Drogue : une salle de consommation bientôt à Paris
© Photo : AFP / CASTELLO-FERBOS / GODONG / PHOTONONSTOP

Le 22 octobre dernier, Marisol Touraine, ministre de la Santé, avait annoncé que l’expérimentation de salles de consommation à moindre risque (SCMR) – souvent appelées abusivement et de façon réducteur « salles de shoot » – pourrait débuter « avant la fin de l’année 2012 » .

Depuis, les associations militant pour l’ouverture de ce type de dispositifs (Gaia, Médecins du Monde, Association française de réduction des risques, Auto-support d’usagers de drogues, Réseau français de réduction des risques, Safe, Act Up-Paris, Aides, SOS Hépatites, Fédération Addiction, Elus Santé publique et territoires, etc…) s’inquiétaient de ne rien voir venir du côté gouvernemental. À tel point qu’il y a quelques jours, le 4 février, l’ensemble de ces organisations ont publié un communiqué demandant que soit tenue « au plus vite la promesse des salles de consommation à moindre risque » .

Une première salle près de la gare du Nord à Paris

Le « feu vert » de Matignon est finalement arrivé le lendemain, 5 février. La Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les toxicomanies (MILDT), est chargée, sous le contrôle du ministère de la Santé, de mettre en œuvre l’expérimentation d’une première structure.

Le maire de Paris, Bertrand Delanoë s’est immédiatement « réjoui de cette décision » . Rémi Féraud, maire du Xème arrondissement, où celle-ci devrait s’implanter, près de la gare du Nord, a exprimé sa satisfaction de voir bientôt fonctionner un dispositif qui « fera progresser la santé publique et la sécurité publique » .

À droite, les réactions défavorables et caricaturales ne se sont pas faites attendre. Valérie Pécresse (UMP) a dénoncé à l’Assemblée nationale un dispositif « d’empoisonnement assisté » (sic), cependant que Nicolas Dupont-Aignan se demandait sur Tweeter « quand seraient ouverts des tronçons d’autoroutes réservés aux alcooliques » . Quant au député Gilbert Collard (FN), il s’est même demandé si seraient bientôt ouvertes « des salles pour le vol ou pour le viol »

Outre leur caractère outrancier, ces déclarations à droite montrent surtout une méconnaissance totale des résultats positifs – reconnus par toutes les enquêtes internationales – de ce type de dispositifs. Ils permettent non seulement de faire diminuer fortement les contaminations par le sida et les hépatites des usagers de drogues, mais aussi d’assurer la santé et la sécurité publiques des riverains des quartiers fréquentés par ces usagers les plus précarisés. En effet, ceux-ci ne consomment plus alors dans les cages d’escaliers, les toilettes publiques et les parkings souterrains…

À gauche, seule la sénatrice des quartiers nord de Marseille, Samia Gahli, s’est déclarée opposée aux SCMR, notamment dans Politis dans notre rubrique « Clivage » en décembre dernier.

Lire > Drogues : ouvrir des salles de conso ?

Des salles de ce type existent en Allemagne, au Canada, en Espagne, aux Pays-Bas ou en Suisse, où l’extrême droite de l’UDC autrefois opposée à ces salles les soutient aujourd’hui fortement puisqu’elles évitent de « voir traîner des toxicomanes dans les rues » (sic).

À Genève, autour de la gare où se concentrent beaucoup d’usagers de drogues, l’implantation de Quai 9, une de ces structures, a largement transformé la vie du quartier, comme le montrait en 2009 un reportage d’Ingrid Merckx.

Lire > Quai 9 : une salle contre l’intox

Comme jadis pour le pacs, et sans aucun doute pour le mariage pour tous, il y a fort à parier que les oppositions aux SCMR deviendront extrêmement marginales d’ici quelques années, quand ces dispositifs de réduction des risques auront fait preuve de leur réussite, à l’instar de tous ceux déjà implantés à l’étranger.

Société Santé
Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

La résilience, boussole pour le monde à venir
Inégalités 12 juin 2026 abonné·es

La résilience, boussole pour le monde à venir

Alors que les crises sociales, démocratiques et écologiques nourrissent partout le sentiment d’impuissance, des résistances citoyennes dessinent d’autres possibles. Cécile Duflot plaide pour faire de la résilience collective une force politique capable de combattre les inégalités, défendre l’État de droit et redonner espoir face aux replis nationalistes et aux logiques de renoncement.
Par Cécile Duflot
« Les révolutions sont des imaginaires puissants »
Entretien 12 juin 2026 abonné·es

« Les révolutions sont des imaginaires puissants »

Dans un temps marqué par la montée des extrêmes droites, l’historienne Mathilde Larrère s’attarde sur ce que la gauche fait de sa mémoire révolutionnaire, endroit fécond où inventer l’avenir.
Par Juliette Heinzlef
Gérald Darmanin et l’esthétique virile du pouvoir
Tribune 11 juin 2026

Gérald Darmanin et l’esthétique virile du pouvoir

L’affaire Lyhanna met en lumière les limites d’une conception viriliste du pouvoir incarnée par le ministre de la Justice. Quand les violences sexuelles s’imposent au débat public, la posture de l’« homme fort » apparaît moins comme une solution que comme une partie du problème.
Par Lynda-May Azibi
Guerre civile en Espagne, répercussions mondiales
Histoire 10 juin 2026 abonné·es

Guerre civile en Espagne, répercussions mondiales

Le coup d’État franquiste divise les nations, entre aide déclarée des dictatures aux insurgés et soutien timide des démocraties au gouvernement légal de Madrid, annonçant les clivages de la Seconde Guerre mondiale.
Par Olivier Doubre