« Nous avons peur qu’une décision arbitraire arrête brutalement la vie d’Abdenour »

Abdenour est un homme trisomique devenu tétraplégique. Son beau-frère, qui a passé ses journées avec lui depuis 10 ans, dénonce la maltraitance médicale qu’il a subie et le bras de fer de sa famille avec l’hôpital. Un combat qui se poursuit devant les tribunaux.

• 27 novembre 2025
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« Nous avons peur qu’une décision arbitraire arrête brutalement la vie d’Abdenour »
Abdenour avec son beau-frère.
© DR

Jamais je n’aurais pensé écrire cette lettre. Mais la gravité de la situation l’impose. Notre histoire doit être connue et partagée pour protéger Abdenour et toutes les personnes vulnérables. Abdenour Behlouli, 45 ans, trisomique, est devenu tétraplégique à cause d’une faute lourde d’un hôpital parisien. Avant le 22 novembre 2024, il était autonome, aimait voyager, aller au restaurant, au sport, au cinéma, soutenir son équipe de football. Il vivait pleinement, avec joie et énergie.

Article mis à jour le 1er décembre 2025.

Le 22 novembre 2024, sa main gauche ne répond plus. Nous nous rendons aux urgences : le diagnostic est une compression médullaire haute, qui se produit quand la moelle épinière subit une pression anormale. Contre toute attente, l’hôpital le renvoie à domicile. Quelques jours plus tard, il se paralyse totalement. Une pharmacienne nous alerte : c’est une urgence vitale. Nous retournons à l’hôpital ; personne ne vient le chercher dans la voiture. Je dois le porter sur une chaise pour personne à mobilité réduite.

À son arrivée en réanimation, nous faisons face à la froideur et à l’indifférence.

Une opération de plus de six heures s’ensuit. Il survit mais reste paralysé. À son arrivée en réanimation, nous faisons face à la froideur et à l’indifférence. Un médecin nous lance : « Il a 45 ans, le syndrome de Down, c’est bien 45 ans, il a assez vécu. » Cette phrase marque le début d’un combat pour la vie, la dignité et la justice.

Sur le même sujet : « Les personnes handicapées n’ont pas accès à leurs droits les plus élémentaires »

Pendant plusieurs jours, Abdenour est interdit de visite. Sa famille est privée de son chevet, provoquant un déracinement psychique pour lui et un effondrement émotionnel pour ses proches. Malgré la gravité de la faute de l’hôpital, ce dernier décide une limitation thérapeutique en se basant sur des avis médicaux obsolètes (1). Concrètement, depuis sa tétraplégie, Abdenour peut s’étouffer à cause de bouchons de glaire.

1

Selon les informations du Bondy Blog, la justice avait ordonné l’arrêt des soins dès le 19 novembre. Pour en savoir plus, lire l’enquête.

« L’hôpital tue les gens vivants »

Les limitations thérapeutiques impliquent que s’il s’étouffe, les soignants ne lui feront pas de fibroscopie d’aspiration pour enlever le bouchon. Ça veut dire qu’ils pourraient le laisser s’étouffer et le sédater pour l’aider à mourir. Comment se fait-il qu’en France en 2025, un homme puisse être tué par l’hôpital de le soigner pour une erreur commise en son sein ? On vit un cauchemar. L’hôpital tue les gens vivants. L’hôpital refuse tout nouvel examen. Abdenour n’a bénéficié d’aucune IRM ni d’examens neurologiques depuis son hospitalisation.

Abdenour est vivant, il est conscient, il est lucide. Il mange, rit et interagit. Mais l’administration de l’AP-HP et des avis médicaux erronés semblent considérer que son handicap et sa dépendance justifient de restreindre ses soins et ses visites. Nous avons saisi le tribunal administratif et sommes dans l’attente d’une réponse qui devrait arriver sous peu..

Sur le même sujet : Elisa Rojas : « Notre mort est toujours considérée comme libératrice par cette société » 

Chaque jour, chaque heure, nous faisons face à la peur qu’une décision arbitraire arrête brutalement sa vie. La loi, la dignité, le droit à la vie sont bafoués au profit de la bureaucratie et de la sécurité institutionnelle. Comme tous ses proches, j’appelle l’opinion publique, les citoyens et les autorités à se mobiliser : la vie d’Abdenour ne peut pas dépendre d’un choix administratif ou d’un jugement subjectif.

Une décision du tribunal administratif le 28 novembre

Abdenour est une personne aimante, pleine d’énergie et de désirs. Son existence est menacée, non par sa maladie mais par la négligence et les décisions de l’hôpital. Nous refusons que son corps et son esprit soient sacrifiés pour masquer une faute grave.

Ce vendredi [28 novembre 2025], le tribunal administratif rendra sa décision. Nous espérons que la justice protègera sa vie et ses droits fondamentaux. Mais il est essentiel que l’opinion publique entende notre histoire. Chaque soutien, chaque relais, chaque regard porté sur Abdenour est un pas vers la justice.

Abdenour est vivant, lucide, il veut vivre. Nous refusons que l’État ou l’administration hospitalière décide autrement.

Nous demandons : le maintien des soins, la transparence totale des décisions médicales, la possibilité de visites familiales 24 h/24, et la garantie que son droit à la vie soit respecté.

Abdenour est vivant, lucide, il veut vivre. Nous refusons que l’État ou l’administration hospitalière décide autrement. Son dossier médical ne correspond aucunement à son état clinique réel.

Nous voulons que la thérapeutique, entravée jusqu’ici sous base d’avis médicaux obsolètes, soit enfin mise en œuvre afin de lui permettre de retrouver une respiration autonome.

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