Incarcération d'un anti-mariage gay: l’hypocrite indignation de la droite

Avec la condamnation d'un anti-mariage gay de 23 ans à deux mois de prison ferme, la droite découvre la sévérité des lois qu'elle a votées. Le retour de bâton est violent.

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La droite est en ébullition. Un opposant au mariage gay a été condamné mercredi en comparution immédiate à deux mois de prison ferme et à mille euros d’amende pour « rébellion » , «fourniture d'identité imaginaire» et «refus de se soumettre à un relevé d'empreinte» digitales et ADN. Ce jeune mutin, pour lequel la Manif pour tous appelle à un rassemblement ce vendredi à 18h devant Sciences-po, a manifesté sans autorisation le 16 juin sur les Champs-Elysées de Paris, après avoir participé à un rassemblement à Neuilly-sur-Seine devant les locaux de M6, où François Hollande participait à l'émission « Capital ».

Selon Le Monde , qui cite une source judiciaire, cet étudiant de 23 ans, « était déjà passé en comparution immédiate, le 28 mai, à la suite d'une manifestation non autorisée sur les Champs-Elysées, la veille du dernier grand rassemblement de la Manif pour tous. Il avait alors été condamné à 200 euros d'amende avec sursis pour non-dispersion d'un rassemblement non autorisé, entrave à la circulation et, déjà, fourniture d'identité imaginaire » .

Lire > «Manif pour tous» : la justice se montre clémente envers les émeutiers des Invalides

Sitôt l’annonce de l’incarcération de « Nicolas » , la droite s'est enflammée sur les réseaux sociaux. D’une même voix elle crie au « prisonnier politique » , et compare l’incarcération au sursis accordé aux jeunes qui ont attaqué le RER D à Grigny. Christian Estrosi s’offusque ainsi sur Twitter : « Comment peut on prendre 2 mois de prison ferme pour avoir manifesté sans autorisation mais prendre du sursis quand on attaque un RER ? » Un secrétaire National de l’UMP, David-Xavier Weiss, chroniqueur à Sud-Radio, y ajoute le sous-entendu xénophobe :

Le gouvernement est bien évidemment pour eux le seul coupable de cette « répression »  : « Aujourd’hui si on n’est plus d’accord avec le gouvernement et qu’on se rebelle, on va en prison » , résume Béatrice Bourges, cheftaine du réac Printemps français.

Mémoire courte

La droite a beau dire, ce sont les lois qu’elle a adoptées ces dix dernières années qui se retournent aujourd’hui contre elle. Les peines plancher en cas de récidive et le prélèvement quasi-systématique des empreintes génétiques n’ont pas été instaurés par le gouvernement Hollande… mais bien lorsque l’UMP était au pouvoir. En 2003, Nicolas Sarkozy étend le champ de prélèvement des empreintes génétiques à tous les crimes, délits et à certaines contraventions. Et quiconque tente d’y déroger est passible d’une peine allant jusqu’à six mois de prison ferme et 7 500  euros d’amendes.

Il y a quelques semaines encore, le 24 avril, en commission des lois à l'Assemblée nationale, Patrick Devedjian raillait ceux qui voulaient dispenser de prélèvement d'empreintes génétiques les syndicalistes condamnés : « Il n’y a pas d’inconvénient à ce que mes empreintes soient dans un fichier de police, je ne me sens pas humilié par ça. » Mais il s'agissait alors pour l'ancien activiste du groupe ultraviolent Occident, comme pour tous ses collègues de l'UMP, de s'opposer à la proposition de loi d'amnistie sociale.

Les temps ont changé. Xavier Bertrand se disait « choqué » par l[_GoBack<-]
e « droit de casser dans les entreprises ». « La violence devient excusable ? » interrogeait Valérie Pécresse sur Twitter... Tous deux crient désormais au scandale depuis l’annonce de l’incarcération de Nicolas Bernard-Buss (l'identification est du Figaro qui précise qu'il se fait appeler également Nicolas Berns). Certains manifestants auraient donc le droit de braver la loi, quand ce serait interdit pour d’autres ?

Retenons que l’adoption du mariage gay a fait découvrir à la droite les manifestations, les gaz lacrymogènes… et ses lois liberticides. Il était grand temps.


Crédit photo: François Guillot/AFP

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