A Paris, Martin Schulz (PSE) a fait son « discours du Bourget »

Le PS a lancé sa campagne européenne, le 17 avril, en présence de son candidat à la présidence de la Commission : Martin Schulz, connu pour être « l'homme des compromis pragmatiques »

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Difficile de distinguer un social-démocrate allemand en campagne d'un socialiste français en campagne. Jeudi 17 avril, au Cirque d'hiver, où le PS lançait sa campagne européenne, en présence de ses têtes de liste dans chacune des huit grandes circonscriptions et de délégations de plusieurs autres pays de l'UE, l'allemand Martin Schulz a eu recours à la même anaphore que François Hollande face à Nicolas Sarkozy, « Moi, président de la Commission,... » , pour multiplier les promesses : création d'un Smic européen proportionnel au PIB de chaque pays, lutte contre le dumping social et fiscal au sein même de l'Europe, promulgation d'une « charte des droits numérique pour défendre les droits individuels des citoyens en Europe », « fin des disparités salariales femme/homme »...

C'est que le candidat du Parti socialiste européen (PSE) à la présidence de la Commission européenne, élu au Parlement européen depuis 1994, y a longtemps présidé le groupe des eurodéputés socialistes et démocrates ; un poste clef, le parlement étant cogéré de fait par les sociaux-démocrates et les conservateurs. L'ancien libraire de Würselen (Rhénanie-du-Nord-Westphalie) doit à cette fonction et à un marchandage entre le PPE et le PSE d'avoir pu accéder, à mi-mandat (janvier 2012) de la mandature qui s'achève, à la présidence d'une assemblée majoritairement de droite.

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Martin Schulz qui s'est fait connaître comme « l'artisan des majorités pragmatiques » , ainsi qu'il l'a lui-même rappelé, a donc cherché à montrer un autre visage. Celui d'un responsable politique au fait des réalités que vivent de nombreux européens. « Mon objectif principal sera de donner sa place à la jeune génération dans la société européenne » , promet-il après avoir raconté le cas d'une jeune femme qui avait envoyé envoyé 300 C.V., en vain. « Notre Europe ne doit laisser aucun jeune sur le bord de la route » , s'émeut-il. Avant de lancer, sur un ton ferme :
« Je n'accepte pas que l'Europe verse des milliards pour sauver les banques et refuse de mettre la main à la poche pour les jeunes. »
L'indigné Schulz était toutefois resté coi, quelques minutes auparavant, quand quelques jeunes espagnols contraints de quitter leur pays pour des raisons économiques et sociales avaient perturbé l'intervention d'Elena Valenciano, n°2 du PSOE et vice-présidente du PSE, en déployant une banderole qui rappelait les responsabilités des socialistes dans la crise qui les frappe.

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Haro sur la Commission

La volonté des socialistes européens de construire un clivage politique avec la droite, déjà tentée en 2009 avant d'échouer lamentablement, se heurte au bilan du PSE dans les instances de l'UE et à la participation des siens à la mise en œuvre des politiques d'austérité dans de nombreux pays de l'Union. Martin Schulz ambitionne de devenir « le premier président de la Commission (européenne) élu par les citoyens, citoyennes ». Et à l'entendre cela changerait tout car l'essentiel du mal viendrait de la Commission européenne, et plus précisément de sa présidence. L'austérité, c'est elle. Ce faisant, il oublie le soutien décisif apporté par le PSE et lui-même dans l'installation de la Commission Barroso en 2004 et... en 2009 (lire ici et ).

A aucun moment, M. Schulz n'incrimine les choix politiques d'Angela Merkel avec laquelle son parti, le SPD, dirige l'Allemagne, ni ceux d'aucun état membre. « 20 pays [sur 28!] sont gouvernés par la gauche ou avec la gauche , soutient-il au contraire. C'est une chance de changer les choses. Il est fini le temps où nous étions minoritaires. »

Illustration - A Paris, Martin Schulz (PSE) a fait son « discours du Bourget »

« Changer les choses », mais lesquelles ? « Mon principal combat sera de recréer les conditions de la croissance » , assure Martin Schulz, en conformité avec le slogan des socialistes européens : « L'austérité de Bruxelles est une erreur, par un autre vote, imposons une nouvelle croissance. » Mais celui qui reproche a Bruxelles son austérité a voté, comme la quasi-totalité des eurodéputés du groupe S&D, toutes les dispositions qui ont mis en place cette austérité. Et notamment les six textes (5 directives et u règlement), qui constituent le fameux « Six-Pack », adoptés en septembre 2011 ; visant à renforcer le Pacte de stabilité et de croissance, ils fixent les règles régissant la discipline budgétaire des Etats membres. Puis ensuite les deux règlements, connus sous le nom de « Two pack », qui donnent force de loi à la règle d'or budgétaire ; le premier traite du « suivi et [de] l'évaluation des projets de plans budgétaires » et de « la correction des déficits excessifs dans les Etats membres de la zone euro » , le second renforce la surveillance économique et budgétaire des Etats « connaissant ou risquant de connaître de sérieuses difficultés » .

Il a également approuvé la baisse du budget pluriannuel de l'UE pour les sept ans à venir (2014-2020), usant même d'un article du règlement du Parlement européen pour empêcher les députés d’amender ce cadre budgétaire d’austérité durable. Autant de choix politiques que Martin Schulz ne renie pas. En témoigne une divergence apparue, jeudi, entre lui et le nouveau premier secrétaire du PS.

Une référence contre-révolutionnaire

Juste avant qu'il ne prenne la parole pour clôturer le meeting, Jean-Christophe Cambadélis avait plaidé à la tribune pour un changement « des critères de Maastricht ». Et réclamé de l'UE «  des règles pour l'après-crise » plus adaptées au contexte économique actuel que lors de l'adoption des 3 % du traité de Maastricht, en 1992, pour « imposer une nouvelle croissance » . Martin Schulz s'est gardé de le contredire trop ouvertement devant les quelques 1.600 dirigeants et militants socialistes présents. Mais il lui avait répondu un peu plus tôt, lors d'une conférence de presse : « Le traité est là et je ne vais pas changer le traité (…). Les critères sont clairs. »

Simple faute de goût ou provocation révélatrice de sa pensée ? Martin Schulz a conclu son discours par une citation d'Edmund Burke, présenté comme un « grand philosophe britannique » – en réalité, il était irlandais : « Pour la victoire du mal il suffit que le bon ne fasse rien. » 1 Il y a quelques années, plus d'un socialiste se serait étranglé en entendant un de ses candidats citer un des tout premiers opposants à la Révolution française, référence appréciée des penseurs contre-révolutionnaires. Aux antipodes de Jean Jaurès.



  1. Une traduction plutôt libre de cette sentence de Burke : « A ll that is necessary for evil to succeed is that good men do nothing. » 


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