La décroissance : une révolution commune et démocratique

TRIBUNE. Nécessaire d’un point de vue écologique, la décroissance est aussi incontournable pour lutter contre la logique capitaliste et inventer une organisation sociale plus juste.

Christine Poilly  et  Thierry Brulavoine  et  Michel Lepesant  • 25 septembre 2014
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La décroissance : une révolution commune et démocratique
© Photo: Michel Soudais

Les partis de gouvernement et d’opposition , de la droite à la gauche, se sont engagés depuis des décennies dans une quête affichée de croissance, par la promotion du consumérisme et d’un « progrès » techno-scientiste. Les effets de ces politiques sont pourtant implacables : les 67 milliardaires les plus riches de la planète détiennent autant de richesse que les 3,5 milliards d’humains les plus pauvres ; le 5e rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) annonce une augmentation de 4,8 °C d’ici à la fin du siècle, induisant des évènements climatiques extrêmes, une insécurité alimentaire, une perte de biodiversité, plus de migrations contraintes…
À moins d’afficher le plus grand cynisme présent ou le plus absurde aveuglement sur le futur, comment ne serait-il pas urgent de repenser un autre modèle de société pour revenir sous les plafonds de la richesse indécente et de l’insoutenabilité écologique ? La richesse des plus riches doit décroître, notre poids écologique global doit décroître. Ce qui revient à envisager une décroissance de l’empreinte écologique et donc du PIB, qui lui est mécaniquement associé. 

Thierry Brulavoine, Michel Lepesant et Christine Poilly sont membres du Mouvement des objecteurs de croissance (MOC).

Quand les plafonds sont largement dépassés , la responsabilité n’est plus de se demander comment rester dans le même monde avec une croissance nulle : il faut maintenant avancer vers une société dont les indicateurs écologiques et économiques repasseront sous les seuils de l’injustice sociale, de l’absurdité économique et de l’irresponsabilité écologique.
Partout et déjà, des objecteurs de croissance se mobilisent pour mettre en œuvre et expérimenter des alternatives concrètes (Amap, monnaies locales, SEL, agriculture urbaine, habitats partagés ou mobiles, écoconstruction…). 

La décroissance est un vrai défi collectif 

Beaucoup d’entre nous luttent contre les grands projets inutiles (aéroport de Notre-Dame-des-Landes, usine des 1000 vaches, barrage de Sivens…) ou les projets extractivistes (gaz de schiste, biomasse…) qui tuent l’agriculture paysanne, détruisent la biodiversité, polluent l’eau, l’atmosphère, les sols, et qui engloutissent l’argent public au nom de la croissance, dans un parfait déni de la démocratie réelle. À partir de ces expérimentations minoritaires et de ces luttes, les décroissants produisent leurs propres théories de la pratique : ainsi, vient de se tenir à Leipzig une conférence internationale autour du slogan : « Votre récession n’est pas notre décroissance » , qui a réuni 3 000 chercheurs du monde entier ; à Cerbère (France) les 9es Rencontres de l’objection de croissance ont rassemblé plus de 200 personnes sur le thème : « La croissance, c’est terminé. Vive la décroissance ! »

Les partis médiatiques prouvent tous les jours leur incapacité à proposer la moindre mesure qui ose accepter la réalité d’un monde fini : au mieux, ils oscillent entre « croissance verte » et « développement durable ». Au pire, ils continuent de promettre une croissance messianique qui ne ferait qu’approfondir les difficultés. C’est pourquoi, politiquement, il faut appeler à une recomposition électorale autour d’un pôle antiproductiviste et anticonsumériste, donc anticapitaliste et révolutionnaire, et contribuer au débat pour mener des politiques au service d’une vie bonne au sein d’une société juste.
La décroissance est un vrai défi collectif, elle doit être sereine et démocratique, portée par de « belles propositions » en vue d’une nouvelle organisation sociale.

Alors que le chômage continue d’augmenter , la logique capitaliste conduit les salariés français (à plein temps) à travailler 1 660 heures par an pour produire des objets vite obsolètes et achetés à crédit : il faudrait « travailler tous pour travailler moins », mettre en place une RTT drastique, un droit inconditionnel au temps partiel choisi, et la garantie d’un revenu inconditionnel d’un montant décent. Une production n’est justifiée que si elle est tournée vers la réalisation de biens socialement utiles, sobres en énergie, utilisant les ressources locales et renouvelables, autogérés dans une démocratie de proximité.

La reconversion écologique de la société passera par une économie relocalisée, par des territoires redynamisés (services publics de qualité, transports de proximité…), par des reconversions drastiques (décidées unilatéralement) dans les secteurs « nuisibles » comme l’armement, l’automobile, l’agro-industrie, le nucléaire ; elle pourra être financée par l’instauration d’un revenu maximal (plancher/plafond de 1 à 5).
Ralentissons le rythme de nos consommations : en interdisant l’obsolescence programmée et en coupant net le bras armé du capitalisme qu’est la publicité. Ralentissons nos déplacements : à l’heure de la transition énergétique, nouveaux aéroports et nouvelles lignes TGV sont des escroqueries. Retrouvons le temps du partage et de la démocratie.
Non à leur récession imposée, oui à une décroissance sereine et démocratique.

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