L’énigme Aubry
Malgré son retour sur le devant de la scène politique, Martine Aubry ne s’est pas encore fixé de stratégie précise ni de ligne politique claire. Histoire de ne se fermer aucune porte.
dans l’hebdo N° 1321 Acheter ce numéro

Elle a réussi là où Nicolas Sarkozy vient d’échouer : donner le sentiment de revenir, alors qu’elle n’était jamais (vraiment) partie. Martine Aubry est de retour. Après deux ans et demi d’un silence de nonne, chacune de ses sorties retentit désormais comme un coup de tonnerre. En juillet, elle s’en prenait à la réforme territoriale – un « Monopoly » – et tançait la « méthode » Hollande. À la rentrée, en pleine université d’été du PS à La Rochelle, elle défiait le Premier ministre par un communiqué réclamant le plafonnement des loyers sans sa ville de Lille. Trois jours avant le périlleux vote de confiance au gouvernement Valls 2, nouvelle provocation : « Chacun doit voter en fonction de ce qu’il croit utile pour la réussite du pays. »
Oui, Martine Aubry est de retour. Mais pour quoi faire ? Elle-même n’en sait encore rien, jurent ses proches. « Martine n’a pas de plan de carrière, mais c’est une femme de devoir et elle veut être utile », dit le député Jean-Marc Germain, son ancien directeur de cabinet, dans une formule sibylline. Certains l’imaginent prendre la tête des frondeurs, dont la plupart font partie de sa garde rapprochée. Elle assure aujourd’hui ne vouloir qu’une « inflexion » du quinquennat. « Si ses propos sont très utiles à ce que nous portons, pour l’instant, la question d’un leadership unique des frondeurs n’est à l’ordre du jour ni pour elle ni pour nous », assure Fanélie Carrey-Conte, députée frondeuse de Paris.
Reste qu’en cercle restreint Aubry n’a pas de mots assez durs contre Hollande, ce « nul ». Sa prestation de rentrée au séminaire fédéral du Nord n’est pas passée inaperçue : « Elle a tapé sur le gouvernement d’une manière incroyable ! Ça a été un vrai réquisitoire contre la loi bancaire, le CICE, le travail du dimanche, les propos de Valls devant le Medef », témoigne un participant. Et ce n’est pas un hasard si elle est surveillée comme le lait sur le feu par Valls et Hollande, qui « la craignent », assure un cadre socialiste. Au point que « l’aile droite » préparerait déjà la riposte au sein du parti…
Cote d’amourCelle qui avait attendu jusqu’à la dernière minute – 9 h 29 ! – pour déposer sa candidature au poste de premier secrétaire du PS en 2008 fait donc, une fois encore, durer le suspense. Et alimente les fantasmes. Matignon ? Son inimitié tant personnelle que politique avec
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