Un petit projet utile

Installer dans un quartier populaire de Paris la première coopérative alimentaire de qualité. Tel est le pari de la Louve. Récit.

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Pas moins de 1 450 mètres carrés habillés de rayonnages. Étals de fruits, de légumes, viande rouge de race limousine, volailles fermières, déclinaison de fromages affinés, de pâtes italiennes, de vins de producteurs et de bières artisanales. De la qualité surtout. Du bio, du local, du terroir. À des prix en dessous des habitudes. Tel est le projet qui se dessine dans Paris. Non pas dans le VIIe arrondissement, ni place de la Madeleine, entre Hédiard et Fauchon, non plus dans le IIIe, dans La Jeune Rue, derrière la République, là où se construit une multitude de boutiques liées à la bonne chère, destinées aux élites. Non, ce supermarché peu ordinaire, baptisé La Louve, doit s’élever au nord de la capitale, dans l’encolure du périphérique : le XVIIIe arrondissement. Un choix étonnant qui correspond à une démarche, celle de Tom Boothe et Brian Horihan, attentifs à la qualité et aux coûts, à l’initiative du projet. « L’intérêt géographique est évident, confie Tom Boothe. On a voulu tenir compte du niveau social, s’appuyer sur la mixité et surtout être utiles. Il faut sortir la malbouffe de la culture populaire. Il est stupide que la bonne cuisine en France ne soit pas partagée par tout le monde. » Les deux hommes revendiquent le droit à l’excellence des produits pour tous, à « une exigence gustative, nutritionnelle et sanitaire élevée ». Il s’agit donc de lutter contre la grande distribution, de maîtriser la chaîne alimentaire, de privilégier les circuits courts, la saisonnalité, de garantir une traçabilité, d’instaurer un partenariat de proximité entre le consommateur et le producteur, et de promouvoir le développement d’une agriculture durable.

Outre ce parti pris, le supermarché possède ses règles : La Louve est une coopérative alimentaire, première du genre en France, participative et collective, associative, à but non lucratif. Ouverte à ses adhérents. Prix de l’adhésion : 100 euros (un achat représentant 10 parts de la coopérative), payables en cinq fois. Les bénéficiaires des minima sociaux y ont accès pour 10 euros. Quand l’adhérent décide de quitter la coopérative, il récupère son investissement.

À chaque membre de l’association sa part de tâches et de responsabilités. Chaque personne travaille trois heures consécutives par mois au sein du magasin. Qui à la caisse, qui à la réception des produits, qui aux bons de commande, à la gestion des stocks, au nettoyage ou à l’administration. Le coût de la main-d’œuvre est ainsi réduit de 75 %. Ce principe d’autogestion permet à la coopérative de pratiquer des marges basses, suffisamment intéressantes pour se traduire par des prix abordables sur des produits de haute qualité sans mettre les producteurs et les éleveurs sur le carreau. Résultat : de 15 à 40 % en dessous des prix normaux, dans un espace qui se veut aussi un lieu d’échanges et de rencontres. « In fine, plus on est pragmatique, plus le projet devient idéaliste », considère Tom Boothe. Le concept de La Louve s’inspire d’un modèle de coopérative, la Park Slope Food Coop, créée il y a quarante ans dans Brooklyn, à New York, étirée sur 1000 m2, comptant 16 000 membres. Au printemps 2011, faute de trouver à Paris une offre alimentaire similaire, Tom Boothe et Brian Horihan imaginent leur propre structure, un « éblouissant supermarché ». Et de fonder un groupement d’achats à Bagnolet (93) et l’association Les Amis de La Louve dans la perspective du supermarché.

En 2012 et 2013, au fil des recherches et des démarches, ils obtiennent le soutien de la mairie du XVIIIe arrondissement et celui de la Ville de Paris. Le groupement d’achats s’installe rue de la Goutte-d’Or, quartier popu s’il en est. Le local se veut un laboratoire pour tester des produits, aviser les producteurs, alerter le public. Puis une levée de fonds est lancée sur le site Kiss Kiss Bank Bank, atteignant 42 000 euros. Les statuts du supermarché sont déposés en novembre dernier, et l’emplacement est fixé près des stations de métro Simplon et Marcadet. Budget estimé du projet : 1,45 million d’euros. La Louve peut compter sur ses partenaires-financeurs pour 90 % du montant. Il lui reste maintenant à réunir les 10 % manquants. Soit 145 000 euros. La collecte a donc commencé, entre dons et adhésions, pour compléter la levée de fonds. Moment crucial, sachant que les gens hésitent à investir sur un projet, même s’il est quasi abouti. La Louve compte aujourd’hui près de 300 adhésions. Avec 500 ou 600 de plus, le coup est gagné (en attendant les 2 000 coopérateurs, gage de pérennité). Rêve ou réalité ? Il serait dommage que ce petit projet utile n’aboutisse pas.

Reportage sur la Park Slope Food Coop de Brooklyn (New York)


www.cooplalouve.fr

Photo : DR

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