Annette Wieviorka : « Il n’y pas un, mais des antisémitismes »

L’historienne Annette Wieviorka, spécialiste de la mémoire de la Shoah, analyse la récente poussée d’antisémitisme que montrent les attentats à Paris et à Copenhague. Pour elle, si la situation n’a rien à voir avec les années 1930, l’étude du passé doit nous permettre de comprendre le présent.

Olivier Doubre  • 19 février 2015 abonné·es
Annette Wieviorka : « Il n’y pas un, mais des antisémitismes »
Dernier ouvrage paru : 1945. La découverte (Seuil). Nous reviendrons sur ce livre dans notre prochain numéro.
© AFP PHOTO / ODD ANDERSEN

Grande spécialiste de l’histoire de la déportation et de la destruction des juifs d’Europe, Annette Wieviorka a beaucoup travaillé sur l’antisémitisme et la mémoire du génocide. Elle observe, non sans inquiétude, la multiplication des agressions antisémites. Et, bien évidemment, la série d’attentats qui ont visé des juifs, des écoles et des synagogues, depuis les meurtres commis par Mohamed Mehra à Toulouse, l’attaque du musée juif de Bruxelles, celles des 7 et 9 janvier à Paris jusqu’aux événements advenus à Copenhague le week-end dernier…

Que pensez-vous du climat actuel où l’antisémitisme semble fortement relever la tête ?

Annette Wieviorka : Mon sentiment est que les événements survenus à Charlie Hebdo, à Montrouge et à l’Hyper Cacher ont été un révélateur d’un paysage qui existait avant et qui est relativement difficile à décrypter. Difficile parce qu’il n’y a pas un antisémitisme, mais des antisémitismes qui se croisent : celui qui fait des morts, en France depuis le 3 octobre 1980, c’est-à-dire l’attentat contre la synagogue de la rue Copernic à Paris. Cet antisémitisme vient de l’extérieur et n’a cessé d’être meurtrier en France depuis 1980. Depuis cette date, on a recommencé à tuer en France des juifs parce qu’ils étaient juifs. Mais on a vu une mutation de cet

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Société
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