L’utopie de la bidouille collective

Le sociologue Michel Lallement enquête sur la manière dont les  hackers expérimentent de nouvelles manières de travailler.

En mai 2012, à San Mateo, dans le sud de la baie de San Francisco, en Californie, se tient la septième Maker Faire, organisée par le magazine Make. Son intitulé renvoie à la fois à la foire ( fair en anglais) et au verbe français « faire ». C’est l’une des principales rencontres du mouvement Faire, qui regroupe une vaste série de pratiques et de personnes créant des lieux collectifs aux noms anglo-saxons : hackerspaces, biohackerspaces, Fab Lab, Tech Shop, makerspaces, creative spaces … Le vocable « faire » permet de ne pas le limiter au hacking (littéralement « bidouiller »), trop souvent associé au seul domaine informatique et confondu avec l’activité des crackers, ces « forbans » aux activités illicites qui pénètrent ou détruisent les systèmes informatiques. En ce printemps 2012, le visiteur de la Maker Faire peut remarquer sur le parking bondé un camion de la prestigieuse université de Stanford côtoyant un véhicule aux couleurs de la Haight-Ashbury Free Clinic, « établissement de soins alternatif issu du mouvement social libertaire (le Summer of Love) de l’été 1967 ». Ces deux présences disent bien « l’étrange alchimie qui, dans la Silicon Valley, a pu présider à la genèse du mouvement Faire » .

En se plongeant dans ce monde de mouvements et de pratiques si peu connus en France, Michel Lallement fait d’abord œuvre ethnographique. Mais s’intéresser aux hackers, à leurs espaces collectifs, à leur histoire et à leurs formes de travail est une démarche plutôt originale pour ce sociologue français du travail, enseignant au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam), nos habitudes académiques portant rarement à s’emparer de tels objets de recherche. Avec une grande curiosité intellectuelle, il a donc entamé un périple à travers les hackerspaces de ce « creuset californien » qu’est la baie de San Francisco.

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