Marion Maréchal-Le Pen : Au nom du (grand) père

Postée à la droite de sa tante et de son parti, estampillée de l’aura de son grand-père, Marion Maréchal-Le Pen continue sa croisade pour les régionales en Provence-Alpes-Côte-d’Azur.

Michel Soudais  • 11 novembre 2015 abonné·es
Marion Maréchal-Le Pen : Au nom du (grand) père
© Photo : POUJOULAT/AFP

Les sondages convergent trop pour ne pas être pris au sérieux. Le 13 décembre, les électeurs pourraient bien offrir en cadeau la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur à Marion Maréchal-Le Pen. Trois jours après ses 26 ans. En attendant, l’ascension fulgurante de cette jeune mère de famille au look passe-partout intrigue ou inquiète. Députée débutante, elle fait jeu égal avec le madré Christian Estrosi, pourtant bardé de mandats. Certes, la région, comme elle le rappelle, est depuis les années 1980 une des places fortes du Front national, longtemps représenté sur place par Jean-Marie Le Pen, dont elle a repris le nom. Comme lui, c’est aussi principalement sur la dénonciation de l’immigration et de la radicalisation islamiste qu’elle fait campagne, assurant qu’il n’y a pas de fatalité au « grand remplacement »  ; une expression prisée des Identitaires et jugée « complotiste » par Marine Le Pen. Mais, depuis son élection en 2012 à l’Assemblée nationale, où, isolée, elle a désormais le sentiment de « tourner en rond », la députée de Carpentras en laboure les fédérations, cultivant une indéniable popularité auprès des troupes frontistes, laquelle lui assure une relative indépendance par rapport à la direction du FN.

D’Estrosi à Maréchal-Le Pen. À cinq jours de la clôture du dépôt des listes, le président départemental du Centre national des indépendants et ­paysans (CNIP), Daniel Philippot, homonyme du père de Florian Philippot, a troqué sa 25e place sur la liste du député-maire de Nice pour la 11e place sur la liste du FN dans les Alpes-Maritimes. Non sans accuser Christian Estrosi de faire « le grand écart en donnant à l’UDI et au MoDem des gages d’une politique orientée à gauche ». Mais « le comble de tout » a été, selon lui, la présentation du comité de soutien de Christian Estrosi, dans lequel figure Dalil Boubakeur, recteur de la mosquée de Paris.

Ce débauchage de dernière minute n’est que la dernière des « prises de guerre » de Marion Maréchal-Le Pen, destinées à mettre en scène sa conception de « l’union des droites ». Il y avait eu à la mi-mai le ralliement de Sébastien Ausserre, 21 ans, responsable des Jeunes de la Droite populaire du Var, suspendu de l’UMP après avoir appelé à voter FN au second tour des départementales. Puis, début juillet, celui d’Olivier Bettati, 46 ans, vigneron à Bellet, ancien conseiller général UMP et ancien adjoint d’Estrosi.

Aussitôt bombardé tête de liste dans les Alpes-Maritimes, ce qui n’a pas été sans remous au sein de la fédération FN, l’homme s’étant présenté aux municipales avec un ancien conseiller général PS. Mi-septembre, c’était le président national des Jeunes Actifs, l’association des trentenaires des Républicains, Franck Allisio, qui rejoignait le FN et devenait le porte-parole de sa campagne dans les Bouches-du-Rhône. Marion Maréchal-Le Pen a aussi dragué à l’extrême droite, ­s’attachant les services de Philippe Vardon, un Identitaire niçois de 34 ans si sulfureux que Jean-Marie et Marine Le Pen lui avaient fermé la porte du FN. Cofondateur du Bloc identitaire, chanteur du groupe Fraction, président de l’association Nissa Rebela, il avait notamment été condamné en 2007 à quatre mois de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende pour incitation à la haine raciale et reconstitution de ligue dissoute. Il figure en 5e position sur la liste des Alpes-Maritimes, où Benoît Lœuillet, issu également de la mouvance identitaire, occupe la 7e place.

Quand Florian Philippot s’emploie, avec l’accord de Marine Le Pen, à tirer l’idéologie lepéniste vers une synthèse avec le chevénementisme et donner corps à un mouvement qui serait plus que jamais « ni droite ni gauche » [^2], elle se revendique de droite. Et même pour « l’union des droites » (voir ci-contre). « Il y a quelque chose à jouer dans le sud de la France », déclare la députée de Vaucluse au quotidien Présent, quelques jours après son élection. « Les électeurs là-bas réclament l’union des droites. Le clivage politique est quasi inexistant. Les lignes bougent. De jeunes UMP sont venus militer pour moi. S’il y a une reconquête politique de la droite française, elle partira du Sud », prédit-elle en juillet 2012. Quelques mois plus tard, Marion Maréchal-Le Pen conteste en bureau politique la priorité accordée à l’économie et au social plutôt qu’à la sécurité et à l’immigration. « On fait du sous-Chevènement ou du sous-Mélenchon », lâche-t-elle. À la télé, elle « assume parfaitement » ce qu’elle appelle ses « petites divergences » avec Florian Philippot : « Je ne crois pas être plus libérale que lui, je suis peut-être moins interventionniste que lui, voilà » (BFMTV, 18 nov. 2014).

L’accumulation de ces divergences dessine bien toutefois deux lignes concurrentes, sinon contradictoires, l’une « nationale républicaine », l’autre « libéral- conservatrice ». Le FN dénonce depuis le début des années 1990 la mondialisation, dont il se pose en adversaire ? « La mondialisation, nous sommes nés avec ; nous savons qu’elle n’est pas une option », lance Marion Maréchal-Le Pen devant l’université de rentrée de son parti, refusant de défendre « l’autarcie et les barbelés ». Très prudente, voire timorée, sur la sortie de l’euro défendue par Marine Le Pen et Florian Philippot, la candidate à la présidence de la région Paca explique devant les entrepreneurs réunis à la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) régionale que cela ne dispensera pas de faire des « réformes structurelles importantes ». Sans les détailler, puisqu’elle était conviée, le 29 octobre, comme Christophe Castaner (PS) et Christian Estrosi (LR), à présenter son programme économique pour… la région. Lors de ce grand oral, ses joues rosies trahissent une gêne d’étudiante inquiète de savoir comment sera reçue sa prestation. « Notre objectif, annonce-t-elle, c’est de faire des économies pour se concentrer sur le développement économique. » Elle en fait sa « première priorité » et déplore que la région ne consacre que 100 millions d’euros à l’aide aux entreprises, soit moins que le montant des subventions accordées aux associations chaque année.

Elle propose de simplifier les procédures par la création d’un « fonds régional de partenariat des entreprises », sorte de guichet unique, « présidé par un élu chef d’entreprise (sic) avec un représentant de la CCI, un représentant de la Chambre de commerce et de l’artisanat et un représentant du syndicat patronal (re-sic) ». À ses yeux, il n’y a pas de « meilleurs experts » pour se prononcer « sur la viabilité d’un projet, sur l’analyse de l’environnement économique, et sur la capacité d’engager ou non de l’argent public ». Difficile d’imaginer dispositif plus libéral. Les patrons ont applaudi. Inquiète des conséquences que pourrait avoir sa gestion de la région Paca sur la présidentielle, elle veut aller vite pour, « avant 2017 », « faire des économies, donner des gages et réorienter les politiques ». Sans faire trop de vagues. C’est ainsi que parmi les premières mesures qu’elle compte mettre en œuvre figure « le train de vie des élus », qu’elle estime « particulièrement généreux » avec « un nombre de vice-présidences excessif, un parc automobile délirant, des logements de fonction ». Mais elle prévoit également de tailler dans « le personnel pléthorique » de la région par une méthode plus radicale que celle des gouvernements Sarkozy-Fillon : « Ne pas remplacer les départs à la retraite sur plusieurs années. » Toutefois, « il n’est pas question de diminuer les budgets dévolus à la politique culturelle », promet-elle. Ce qui n’exclut pas une redistribution des crédits, la petite-fille de Jean-Marie Le Pen souhaitant soutenir « une culture populaire où notre patrimoine et notre identité seront mis en valeur » plutôt que de « financer les délires d’esprits manifestement dérangés ». Voilà qui promet bien des conflits, car en matière sociétale, la nièce affiche des convictions plus conservatrices que sa tante.

Très engagée contre le mariage homosexuel, elle affirme son hostilité à la promotion de l’avortement et son refus de l’euthanasie. On l’a vue dans les défilés de la Manif pour tous, quand Marine Le Pen se défiait de ce mouvement. Elle s’est jointe aux rassemblements des Veilleurs qui protestaient contre la loi Taubira. Participe au pèlerinage de Paris à Chartres, qui rassemble à la Pentecôte des milliers de catholiques traditionalistes. Cette mobilisation explique une bonne part de sa notoriété auprès de certains catholiques, notamment les jeunes venus à la politique par opposition au mariage pour tous, qu’elle décrit comme une « génération totalement décomplexée », dont elle se veut parfois la représentante. Invitée le 29 août à une table ronde à l’université d’été de la Sainte-Baume (Var) organisée par les dominicains du lieu et l’Observatoire sociopolitique du diocèse de Fréjus-Toulon, elle lance, sous leurs applaudissements : « Nous sommes la contre-génération 68. Nous voulons des principes, des valeurs, nous voulons des maîtres à suivre, nous voulons aussi un Dieu. » « Pendant très longtemps, les catholiques ont été terrorisés à l’idée d’être traités d’ultra-conservateurs, de réactionnaires, de fachos, parce qu’ils assumaient leur foi, explique-t-elle à la Vie (5 novembre). Je pense que ce temps-là est révolu. Nous n’avons plus envie de nous excuser. » C’est bien ce qui est inquiétant.

[^2]: C’est Samuel Maréchal, père de Marion, et alors directeur du FNJ, qui dans un essai publié en 1995, Ni droite, ni gauche… Français (Première ligne), avait le premier caractérisé ainsi le FN.

Politique
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