Nanni Moretti, la grammaire maternelle
Avec Mia Madre, le cinéaste place le rapport à la mère et à sa mort au centre de son film. Une trajectoire logique dans une œuvre portée par la création, où l’intime s’ajoute à l’universel.
dans l’hebdo N° 1379 Acheter ce numéro

Gros plans sur des gilets de protection, des matraques et des casques. En face, un amas indistinct de trognes ouvrières manifestant contre les licenciements dans leur usine. Sonne la charge. Ça bastonne sec dans les gaz lacrymogènes et les canons à eau. Puis le plan s’élargit sur un plateau de tournage, avec ses figurants, ses techniciens, son matériel. La réalisatrice (Margherita, interprétée par Margherita Buy) reprend la main sur la scène, recadre son équipe, revient sur la succession des plans. Il s’agit pour elle de trouver la bonne distance, de placer la caméra ni trop près ni trop loin. Avant d’aller rendre visite à sa mère, Ada (Giulia Lazzarini), hospitalisée, affaiblie, mais encore réceptacle du récit des journées de sa fille, qui lui raconte son film, ces ouvriers en lutte pour défendre leur emploi devant un repreneur (joué par John Turturro) dont ils se méfient. Moments cruciaux. Mais, réplique la réalisatrice, « ce n’est pas un film triste, c’est un film plein d’espoir et d’énergie ». À ses côtés, Giovanni, son frère (Nanni Moretti), prévenu, prévenant, en disponibilité pour plusieurs mois, disponible jusqu’à préparer à sa mère un plat de pâtes avec sa sauce tomate pour pallier la fadeur de la cuisine hospitalière, inversant donc les rôles.
Encadrée par ses deux enfants, la mère n’est plus nourricière. C’est le fils qui nourrit, endossant l’image traditionnelle du sacrifice maternel. C’est aussi lui qui prend la mesure de
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