Notre-Dame-des-Landes, Barjac : no pasarán et no gazarán !

­L’affluence à ces deux manifestations signe une défiance démultipliée envers les politiques.

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Il y a quelques semaines, les organisateurs faisaient la moue : sans se concerter, deux mobilisations stratégiques avaient pris date la même fin de semaine. Samedi dernier à Notre-Dame-des-Landes, pour soutenir les quinze familles d’« historiques » du site sous le coup d’une mesure d’expulsion exécutoire d’ici au 26 mars ; et le lendemain à Barjac, pour dénoncer la récupération par Total du permis de la concession « de Montélimar » (4 700 km2) pour y rechercher du gaz de schiste. Vaines craintes de télescopage : les militants se réjouissent d’un double succès. Près de 50 000 personnes, selon les organisateurs, pour bloquer deux nationales en Loire-Atlantique, là où commenceraient les travaux du barreau routier du projet d’aéroport. Soit 2,5 fois plus de « no pasarán » que pour l’opération escargot du 9 janvier sur le périphérique nantais. Et, dans la petite ville gardoise de Barjac, leur fief désigné, ils étaient quelque 15 000 « no gazarán ». Loin de faiblir, la mobilisation anti-gaz de schiste reste intacte alors que les dernières grandes manifestations, conclues par une loi interdisant la fracturation hydraulique (seule technique d’exploitation connue pour ce gaz), remontent à 2011. Car, le 28 janvier, la justice a remis Total (dont le permis avait été annulé par l’administration) en selle : le pétrolier a réaffirmé (sans plus de précision) qu’il n’utiliserait pas la fracturation hydraulique.

La ministre de l’Écologie a beau avoir déposé un appel suspensif, les militants doutent de sa détermination, pas dupes de la manœuvre de Total : les principaux candidats de droite à la présidentielle de 2017 (Sarkozy, Juppé, Fillon) s’affichent désormais favorables au gaz de schiste.

À Notre-Dame-des-Landes, ­l’affluence signe aussi une défiance démultipliée envers les politiques : loin de calmer les esprits, le référendum sur le projet d’aéroport, annoncé début février par François Hollande, a immédiatement été rejeté comme parodie de démocratie directe. En effet, il n’est nulle part stipulé que le dossier serait remis à plat. Tout aussi fumeux et climaticide que les projets d’extraction de gaz de schiste dans le Sud-Est, l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes est désigné comme « la fabrique d’un mensonge d’État », selon le titre de l’ouvrage de l’ex-élue locale Françoise Verchère (Éd. Tim Buctu) : l’édifiante exposition d’un acharnement politique, alors que la justification économique et écologique du projet a été démantelée par des centaines d’experts indépendants – mais aussi par la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement – dans un rapport enterré par le préfet de Région (Le Canard enchaîné, 17 février).


Photo : SYLVAIN THOMAS/AFP

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