Mineurs isolés étrangers : « Toute déclaration pourra être retenue contre vous »

Deux associations de défense des droits de l’Homme dénoncent dans un communiqué commun la décision de justice invalidant la demande de protection d’un jeune mineur isolé étranger (MIE).

Partager :
Mineurs isolés étrangers : « Toute déclaration pourra être retenue contre vous »
© Photo : ANTONIN RICHARD / BSIP / AFP

En rejetant le pourvoi en cassation d’un adolescent de 17 ans, les juges participent selon le Groupe d’information et de soutien des immigrés (GISTI) et la Ligue des droits de l’Homme (LDH) à «un système inique de tri des mineurs isolés étrangers». En validant la remise en cause de la minorité d’un jeune réfugié, les deux associations estiment que la justice ne veut «pas assumer la prise en charge» de ces MIE, sous-couvert d’arguments «fallacieux».

En mars 2015, malgré une carte d’identité «authentifiée par les services de police» et un acte de naissance pour appuyer sa demande de protection, un jeune réfugié a vu son âge contesté par la cour d’appel de Paris. Cette délibération est basée sur «l’existence d’erreurs de chronologie dans le récit de vie» du jeune homme, selon les juges, qui ont estimé qu’il n’avait pas «l’allure» et «l’attitude» d’un garçon de 17 ans. La cour d’appel a également appuyée sa décision sur «la mauvaise volonté» du jeune à «se soumettre à une expertise osseuse», bien qu’il soit en possession de documents lui permettant de prouver son identité.

Pour valider – « sauver » serait un terme plus juste – la décision de la cour d’appel, ils ont dû passer sous silence les deux arguments les plus fallacieux utilisés par celle-ci pour contester la minorité de ce jeune : pas un mot sur l’expertise osseuse ordonnée mais finalement jamais réalisée, rien non plus sur l’invocation de l’apparence du jeune étranger à l’audience. Après l’adoption, en mars dernier, par le Parlement d’une disposition prohibant l’utilisation de ces tests osseux en cas de présentation de documents d’identité valables ou en l’absence de l’accord de l’intéressé, il était en effet difficile de reprocher à un mineur de ne pas s’être soumis à un tel examen. Il était encore plus inavouable de retenir l’argument « à la tête du client » utilisé par les juges d’appel.

L’adolescent mineur n’en est cependant pas resté là, et a décidé de se pourvoir en cassation, avec le soutien du GISTI, de la LDH, et du Syndicat de la magistrature. Mais le 11 mai, les juges ont de nouveau mis en doute la minorité du jeune garçon, et rejeté son pourvoi :

Concernant les prétendues incohérences dans le discours du jeune homme, les deux associations rappellent que les déclarations de ces MIE peuvent en effet être «décousus». Un fait largement compréhensible, au vue de leurs parcours : «Ils vivent seuls, souvent dans la rue et ont parfois subi de lourds traumatismes au cours de leur périple vers l’Europe semé de dangers en tous genres, de violences et de mensonges.»

À ce titre, la LDH et le GISTI dénonce ce vendredi «le maquillage juridique de politiques féroces et discriminatoires envers les étrangers», et rappellent que la prise en charge de ces MIE «leur revient de droit»

Police / Justice
Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Au tribunal de Versailles, les violences sur mineur·es à la barre
Justice 15 juillet 2026 abonné·es

Au tribunal de Versailles, les violences sur mineur·es à la barre

En 2025, au moins 190 000 mineur·es ont été signalé·es comme victimes de violences physiques ou sexuelles. Un chiffre largement sous-évalué. Lorsque des plaintes sont déposées et que les procédures aboutissent, ces dossiers sont la plupart du temps jugés en correctionnelle lors d’audiences spécifiques.
Par Céline Martelet
« En tant que magistrats, nous devons être à la hauteur de l’attente de ces enfants victimes »  
Entretien 15 juillet 2026 abonné·es

« En tant que magistrats, nous devons être à la hauteur de l’attente de ces enfants victimes »  

À Bobigny, où une audience hebdomadaire est consacrée à des dossiers de violence sexuelle sur les enfants, le magistrat Youssef Badr raconte le quotidien d’une justice confrontée à la parole des mineur·es et appelle à mieux les accompagner.
Par Céline Martelet
Feuilleton judiciaire de Marine Le Pen : trois questions et deux scénarios
Justice 8 juillet 2026

Feuilleton judiciaire de Marine Le Pen : trois questions et deux scénarios

Si l’attention politique et médiatique s’est resserrée autour de la candidature de la cheffe de file du Rassemblement national pour 2027, l’agenda judiciaire ne doit pas être occulté.
Par Céline Martelet
« Pour garantir la sérénité des débats », le procès de Rima Hassan pour apologie du terrorisme renvoyé
Justice 8 juillet 2026 abonné·es

« Pour garantir la sérénité des débats », le procès de Rima Hassan pour apologie du terrorisme renvoyé

Le 7 juillet, le procès en correctionnelle de l’eurodéputée pour apologie du terrorisme, suite à un message posté sur X, a été renvoyé à octobre. Les magistrats ont suivi la demande de renvoi de son avocat et estimé que la sérénité des débats n’était pas garantie.
Par Céline Martelet