Pourquoi la Turquie est devenue la cible principale de Daech

Denis Sieffert  • 30 juin 2016
Partager :
Pourquoi la Turquie est devenue la cible principale de Daech
© Un enfant se recueille sur le cercueil de son oncle, mort dans l'attentat.Photo : OZAN KOSE / AFP.

Depuis le début de l’année, trois attentats commis sur le sol turc portent la marque de l’organisation État islamique (Daech). Même lorsque ceux-ci ne sont pas revendiqués, ce qui a été encore cas de l’attentat de l’aéroport d’Istanbul, le 28 juin, qui a coûté la vie à 43 personnes, il apparaît que le mode opératoire est celui de l’organisation djihadiste. Pour expliquer ce ciblage, on peut évidemment s’en ternir à des données géographiques. La Turquie possède près de cinq cents kilomètres de frontières avec la Syrie. Ce qui en fait l’ennemi de la coalition, et le membre de l’Otan, le plus facile à atteindre. Ce qui permet non seulement le passage de groupes terroristes, mais aussi l’installation de cellules sur le sol turc. Mais l’explication n’est sans doute pas suffisante.

La politique étrangère d’Ankara, ses ambiguïtés dans le conflit syrien, fournissent une autre grille de lecture. À l’évidence, la Turquie paye son revirement après une longue période de complaisance à l’égard du groupe djihadiste. Obsédé par la question kurde, le régime de Recep Tayyip Erdogan, animé par le sinistre adage « les ennemis de mes ennemis sont mes amis », s’est d’abord montré très conciliant avec Daech, accueillant ses blessés dans ses hôpitaux du sud-est anatolien. Ankara soutenait plus ou moins discrètement Daech à la fois hostile aux Kurdes et à Bachar Al-Assad. Plus grave encore, la Turquie a longtemps fermé les yeux sur l’écoulement par son territoire de marchandises qui alimentaient les caisses du mouvement djihadiste, en premier lieu le pétrole. Tandis que l’AKP, au pouvoir, refusait de classer Daech comme mouvement terroriste.

Mais la Turquie a opéré un revirement à la suite du double attentat kamikaze qui a causé la mort de 103 personnes en octobre 2015, dans le centre d’Ankara. Si aujourd’hui, la Turquie combat férocement Daech, et notamment les cellules installées dans le pays, les complaisances passées ont laissé des traces. Malgré les 4 000 arrestations revendiquées par Ankara dans les milieux djihadistes, les attentats, de l’avis de tous les observateurs, risquent de se multiplier.

Du côté de l’enquête, la police signale des avancées. Treize suspects, dont trois étrangers, ont été arrêtés depuis le mardi. Selon un responsable de la police, les kamikazes venaient de Russie, d’Ouzbékistan et du Kirghistan. Le quotidien Hürriyet rapportait que l’un d’eux serait un combattant tchétchène venu de Rakka, le fief de Daech en Syrie. Le massacre de l’aéroport d’Istanbul est aussi une catastrophe économique pour le pays. En se faisant exploser sur le point de passage de tous les visiteurs venant en Turquie, les terroristes portent un coup terrible au tourisme à la pire période de l’année.

Police / Justice Monde
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Les Émirats arabes unis, vitrine autoritaire d’un rêve néolibéral
Reportage 19 mars 2026 abonné·es

Les Émirats arabes unis, vitrine autoritaire d’un rêve néolibéral

Hypermodernité, marketing d’État, nationalisme scénarisé et gestion hiérarchisée de l’immigration : Abu Dhabi a bâti un modèle stable et attractif. Derrière la réussite économique, se dessine un compromis social inégalitaire qui séduit une partie des élites occidentales tout en neutralisant la contestation politique.  
Par Rémi Guyot
Violences policières à Noisiel : des témoins racontent
Police 18 mars 2026 libéré

Violences policières à Noisiel : des témoins racontent

Dans la nuit du 16 au 17 mars, dans cette ville de Seine-et-Marne, des vidéos d’une interpellation très violente de deux hommes par des policiers de la BAC ont fait le tour de la ville et des réseaux sociaux. La famille de l’une des personnes interpellées s’est confiée à Politis.
Par William Jean, Kamélia Ouaïssa et Maxime Sirvins
Nucléaire iranien : pour Israël et les États-Unis, cet indéfectible instrument de propagande
Récit 12 mars 2026 abonné·es

Nucléaire iranien : pour Israël et les États-Unis, cet indéfectible instrument de propagande

Le programme nucléaire militaire iranien est au cœur de la rhétorique américano-israélienne pour justifier la guerre contre l’Iran. La campagne de bombardement engagée par le duo Trump-Netanyahou pourrait faire passer le régime dans une autre dialectique nucléaire.
Par William Jean
Dissuasion nucléaire : le pari martial d’Emmanuel Macron
Analyse 12 mars 2026 abonné·es

Dissuasion nucléaire : le pari martial d’Emmanuel Macron

Avec la nouvelle dissuasion avancée, Emmanuel Macron met la doctrine française au cœur du débat stratégique européen. Dans un contexte géopolitique instable, cette évolution se veut être une garantie d’indépendance militaire. Une démonstration de force qui montre aussi ses fragilités.
Par Maxime Sirvins