Rachid Benzine : «  La France doit accepter sa part d’arabité  »

Pour l’islamologue Rachid Benzine, le phénomène Daech interroge les sociétés occidentales dans leur rapport au religieux, à la politique et aux aspirations de la jeunesse.

Pauline Graulle  • 12 octobre 2016 abonné·es
Rachid Benzine : «  La France doit accepter sa part d’arabité  »
© Photo : KENZO TRIBOUILLARD/AFP

Rattaché à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence (master religion et société) et à la faculté protestante de Paris, Rachid Benzine est islamologue et écrivain. Il est également chercheur associé au Fonds Ricœur, où il enseigne l’herméneutique. Quand il était étudiant, il a rencontré à Lyon le prêtre Christian Delorme, avec qui il a écrit plusieurs livres sur le dialogue interreligieux. Depuis deux ans, Rachid Benzine a participé à des recherches universitaires sur le phénomène de radicalisation pour analyser les discours, rencontré des jeunes qui reviennent de Syrie et formé des surveillants en prison. Il vient d’écrire un très beau livre, Nour, pourquoi n’ai-je rien vu venir ? (Seuil), où il met en scène un dialogue déchirant entre un père, professeur d’université, et sa fille qui a rejoint Daech. « Quel affranchi voudrait retourner à son état d’esclave ? Qu’est-ce que nos pays ont à nous offrir ? », interroge Nour quand son père la supplie de rentrer en France.

Votre nouveau livre est une fiction qui rassemble les lettres entre un père, intellectuel arabe musulman, et sa fille, Nour, partie rejoindre Falloujah, un bastion irakien de Daech. Pourquoi avoir choisi une forme littéraire pour parler de ces jeunes Occidentaux qui partent faire le jihad au Moyen-Orient et, parfois, sombrent dans le terrorisme ?

Rachid Benzine : Je suis chercheur, pas romancier. Mais cette fois, après les attentats de 2015, il m’a semblé que l’analyse distanciée, qu’elle soit géopolitique ou sociologique, n’était pas satisfaisante, parce qu’elle s’intéresse aux groupes et fournit une explication souvent uni-latérale. Moi, je voulais m’arrêter sur les individus pour les comprendre – sans pour autant justifier leurs actes. Et redonner toute sa dimension à l’humain, au ressenti et surtout au dialogue. Je voulais, à travers des personnages précis, avec une histoire et un parcours, comprendre les ressorts qui font qu’un homme ou une femme se retranche un jour dans une idéologie meurtrière et mortifère, puisqu’elle glorifie la mort des autres mais aussi la sienne.

En somme, il s’agissait pour moi de remplacer le dialogue des lettres par une rencontre des êtres. La fiction est ce qui m’a permis de dresser une conversation entre deux personnages, avec deux visions du monde, parce que Daech est d’abord une idéologie que nous devons essayer de comprendre. Et, depuis le soir du 13 novembre 2015, j’essaie inlassablement de comprendre ce qui a poussé des jeunes qui, comme moi, sont empreints à la fois de « francité » et d’« islamité » à commettre ce double attentat : attentat contre le dieu auquel je

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Société
Temps de lecture : 15 minutes

Pour aller plus loin…

De l’enfer carcéral au théâtre, la renaissance de Redwane Rajel
Portrait 13 mai 2026 abonné·es

De l’enfer carcéral au théâtre, la renaissance de Redwane Rajel

Le comédien de 51 ans raconte son parcours de vie accidenté dans un seul en scène salué par ses pairs. Son histoire est celle d’un homme qui s’est reconstruit grâce à la scène, découverte en prison à la faveur des permissions de sortie et des activités culturelles.
Par Hugo Forquès
Master Poulet : à L’Après M de Marseille, « il faut arrêter d’utiliser la nourriture pour stigmatiser »
Reportage 12 mai 2026 abonné·es

Master Poulet : à L’Après M de Marseille, « il faut arrêter d’utiliser la nourriture pour stigmatiser »

La polémique autour de l’ouverture d’un Master Poulet à Saint-Ouen, contestée par le maire Karim Bouamrane (PS), a charrié des enjeux à l’intersection entre classe sociale, racisme et géographie de territoire. Un sujet qui résonne à L’Après M, restaurant solidaire dans les quartiers nord de Marseille.
Par Zoé Cottin
Fin de vie : le Sénat abrège les débats sur l’aide à mourir
Loi 12 mai 2026 abonné·es

Fin de vie : le Sénat abrège les débats sur l’aide à mourir

Les parlementaires ont voté contre l’article sur lequel reposait « l’assistance médicale à mourir », une version plus restrictive du texte adopté à l’Assemblée nationale. Laquelle sera, dorénavant, seul maître à bord du texte.
Par Hugo Boursier
À Paris, la marche néonazie du C9M reste interdite
Extrême droite 8 mai 2026

À Paris, la marche néonazie du C9M reste interdite

Le tribunal administratif a rejeté la levée d’interdiction demandée par les organisateurs du Comité du 9 mai (C9M), une marche néofasciste en hommage à un militant mort en 1994.
Par Hugo Boursier