Droits des femmes : « Ce qui semblait impensable hier devient possible »

Aux États-Unis, de plus en plus de droits que l’on croyait acquis ont été fragilisés. Certaines franges radicales de la droite vont jusqu’à évoquer des restrictions du droit de vote des femmes. Judith Ezekiel, historienne franco-américaine, s’inquiète de la capacité de résistance des mobilisations féministes.

• 7 mai 2026
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Droits des femmes : « Ce qui semblait impensable hier devient possible »
Une opposante à la manifestation anti-IVG, dite "Marche pour la vie", à Paris, en janvier 2025. Elle porte un costume évoquant la série "La Servante écarlate", adapté du roman dystopique éponyme de Margaret Atwood.
© Maxime Sirvins

Depuis la fin des années 1970, je suis parmi celles qui ont prévu l’offensive contre le droit à l’avortement et la contraception. Ces campagnes ont coûté cher aux Républicains, l’opinion publique restant largement favorable à ces droits.

Mais la stratégie a porté ses fruits, étant au cœur de la recomposition de la droite, rapprochant les ennemis historiques : protestants fondamentalistes, catholiques et juifs ultra-orthodoxes. Leur effort a mis quarante ans pour aboutir ; aujourd’hui, l’avortement est interdit ou difficile d’accès dans de nombreux États et on tente de criminaliser les avortements même spontanés.

La campagne antiféministe s’élargit au suffrage féminin. On a beaucoup dit que Trump a été élu grâce aux femmes blanches, mais il s’agit de Blanches chrétiennes évangéliques, sans études supérieures (d’où l’attaque de Trump/Maga contre les universités).

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Au contraire, depuis que l’on mesure l’écart de genre, on sait que les femmes, quel que soit leur profil socioéconomique ou ethnique, votent relativement plus pour les Démocrates que leurs homologues masculins. Sans elles, les Républicains gagneraient toujours.

Priver les femmes du droit de vote reste le but avoué d’un petit nombre. Des leaders du nationalisme chrétien – le pasteur Doug Wilson proche du ministre « de la guerre » Pete Hegseth, l’auteur Stephen Wolfe, et des porte-parole d’une association de 160 églises évangéliques – prônent l’idée d’un vote familial, exercé par le père de famille. Milliardaire proche de Trump, Peter Thiel, cofondateur de Palantir Technologies, reçu à l’Académie française et au ministère des Affaires étrangères, a aussi dénoncé le suffrage féminin. Elon Musk propose un droit de vote réservé aux parents. 

Ces thèses sont portées par une frange radicale, mais elles se diffusent et se normalisent. S’il semble impossible d’éliminer le suffrage féminin de la Constitution, où il est inscrit depuis plus de cent ans après soixante-dix ans de militantisme suffragiste, la droite envisage d’autres méthodes sous des formes plus « acceptables », comme pour l’avortement (sous prétexte de l’autorité parentale, de la dignité et de la santé des femmes…) ou encore par l’éviscération du Voting Rights Act, qui va réduire l’impact du suffrage noir (plus de 90 % des femmes noires votent démocrate).

Un recul des droits qui ne dit pas son nom

Le projet de loi fédérale, le Save America Act, sous couvert de vérifier la nationalité des électeurs, pourrait compliquer, voire bloquer, le vote des femmes ayant changé de nom après leur mariage. 69 millions de femmes pourraient être ainsi concernées.

Le texte, rejeté par le Sénat mais adopté par la Chambre des représentants, exige une preuve de nationalité et une pièce d’identité avec photo. Contrairement à la France, il n’existe pas aux États-Unis de carte d’identité nationale, le « nom de naissance » n’est pas inscrit dans les documents, et moins de la moitié de la population possède un passeport. Il reste l’acte de naissance, accompagné d’un permis de conduire, possédé par plus de 90 % des plus de 16 ans, lequel, pour la plupart des femmes mariées, indique un nom différent.

Si une électrice présente des documents non-concordants, son vote est compromis. On estime que plus de 40 % de la population féminine et des personnes transgenres ne possèdent pas les pièces d’identité requises. Des Républicains assurent que ces femmes pourraient voter grâce à des procédures bureaucratiques ou juridiques à venir, mais ces démarches pourraient décourager leur participation. Si le projet de loi est actuellement bloqué au Sénat, il sert néanmoins de modèle pour les États, dont plusieurs ont déjà adopté des lois similaires.

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L’opposition à la liberté des femmes est au centre des projets autoritaires. La Heritage Foundation, à l’origine du programme de Trump 2, le Projet 2025, a publié un rapport exposant son projet pour les femmes : mariage précoce, abandon des études supérieures et multiplication des naissances. Sur Fox News, on se lamente de la baisse de la natalité chez les 15-19 ans. À cela s’ajoutent des projets de lois contre le divorce sans faute dans plusieurs États, pour rendre les femmes plus captives du mariage.

Ce qui semblait impensable hier devient possible. Cependant, le droit de vote des femmes est constitutionnel et, comme leurs sœurs suffragistes, les féministes sont très mobilisées dans l’Amérique de Trump ; contrairement aux suffragistes qui dépendaient du soutien massif des hommes, aujourd’hui, les femmes votent. Mais il faut bien plus que ce droit pour s’opposer à cette atteinte – et tant d’autres – à la démocratie en Amérique. 

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