Didier Fassin : « La justice, accusée de laxisme, n’a jamais été aussi sévère »

Spécialiste du système pénal, Didier Fassin analyse l’inflation punitive française, spécialement tournée vers les classes défavorisées.

Olivier Doubre  • 25 janvier 2017 abonné·es
Didier Fassin : « La justice, accusée de laxisme, n’a jamais été aussi sévère »
© Photo : SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Après avoir longuement suivi, ces dernières années, des équipes des brigades anti-criminalité dans les quartiers populaires, puis enquêté auprès des différents maillons de la chaîne pénale [1], Didier Fassin s’interroge sur la généalogie et les fondements philosophiques du « moment punitif » qui caractérise les sociétés contemporaines depuis plusieurs décennies. Il observe surtout combien « l’inflation » et « la routine » répressives à l’œuvre aujourd’hui sont indissociables d’une « distribution inégale des peines », les plus sévères visant en priorité « les segments les plus défavorisés » de la population. Et l’anthropologue de souligner combien cette « justice de classe » est tolérée (voire désirée) socialement, expression d’un véritable « populisme pénal » venant aggraver à son tour les disparités sociales et raciales.

Pourquoi parlez-vous aujourd’hui d’un « moment punitif », alors que vous soulignez qu’on ne constate pas de hausse particulière de la délinquance et de la criminalité ces dernières années ?

Didier Fassin : C’est bien là le paradoxe : une société de plus en plus répressive, indépendamment de l’évolution de la criminalité et de la délinquance. Cette évolution est délicate à mesurer puisqu’elle dépend de ce que

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

« L’Union européenne et ses États membres rêvent de camps pour des dizaines de milliers de personnes »
Entretien 26 mars 2026 abonné·es

« L’Union européenne et ses États membres rêvent de camps pour des dizaines de milliers de personnes »

Marie-Laure Basilien Gainche, professeure de droit public analyse en quoi le règlement « Retour » voté aujourd’hui par le Parlement européen bafoue des droits fondamentaux. Pour elle, ces derniers sont perçus « comme des contraintes » par l’Union européenne dans la mise en œuvre de ses politiques d’éloignement.
Par Pauline Migevant
Plaider-coupable criminel : quand les logiques comptables l’emportent sur la philosophie judiciaire
Tribune 26 mars 2026

Plaider-coupable criminel : quand les logiques comptables l’emportent sur la philosophie judiciaire

Sous couvert de désengorger les juridictions, le projet de loi sur la justice criminelle instaure une logique d’aveu et de rapidité qui fragilise les garanties fondamentales du procès.
Par Vincent Brengarth
« Le 21 mars, à Nanterre, nous marcherons pour Nahel et contre les violences policières »
La Midinale 20 mars 2026

« Le 21 mars, à Nanterre, nous marcherons pour Nahel et contre les violences policières »

Samedi 21 mars, à 14 h 30, une marche pour Nahel et contre les violences policières se lancera depuis les abords du lycée Joliot-Curie à Nanterre. Après la requalification du meurtre en violences (mais avec le pourvoi en cassation du parquet), Mornia Labssi, militante antiraciste et co-organisatrice de la marche, est l’invitée de « La Midinale ».
Par Pablo Pillaud-Vivien
Devant la justice, le calvaire des femmes yézidies, victimes longtemps oubliées des djihadistes français
Justice 20 mars 2026 abonné·es

Devant la justice, le calvaire des femmes yézidies, victimes longtemps oubliées des djihadistes français

Jamais une cour d’assises ne s’était attardée sur les crimes sexuels perpétrés en Syrie par des Français. Pour la première fois l’un d’eux a été jugé pour génocide et crimes contre l’humanité à l’encontre des Yézidis. Seul et unique accusé : Sabri Essid, présumé mort en zone irako-syrienne. Il a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.
Par Céline Martelet