Vivre dans la vallée de l’asthme
La vallée de l’Arve étouffe sous les nuages de pollution depuis des années. Confrontés à la passivité des politiques, les citoyens et les associations se mobilisent pour éviter un désastre sanitaire.reportage
dans l’hebdo N° 1419 Acheter ce numéro

S top aux essais chimiques sur la population », « De l’air pur pour 2017 ? » Les quelques slogans brandis par les habitants donnent le ton de la soirée des vœux du maire, le 5 janvier. Des centaines de personnes se pressent devant le parvis du Fizz, la salle des fêtes de Passy, en Haute-Savoie, davantage pour se faire entendre que pour écouter le discours de l’édile. Cette commune de 11 000 habitants, ainsi que le reste de la vallée de l’Arve, a vécu 35 jours en alerte pollution quasi maximale. Selon Air Rhône-Alpes, les taux de particules ont régulièrement atteint les 50 microgrammes par mètre cube (µg/m3), dépassant même le seuil d’alerte de 80 µg/m3. Si l’alerte pollution a été officiellement levée le 4 janvier, les particules fines stagnent, et la colère des habitants ne s’essouffle pas.
Aux quatre coins de la salle, des quintes de toux simulées et des sifflets résonnent en direction des élus. Quelques voix cristallines entonnent le célèbre refrain de Jean Ferrat : « Pourtant, que la montagne est belle… » Soudain, un père et ses enfants, masques d’hôpital sur la bouche, s’assoient sur le bord de la scène. Ultime provocation pour le maire, Patrick Kollibay, qui annule la cérémonie et quitte les lieux. « C’est de la lâcheté !,s’exclame Arianne, une riveraine. C’est bien beau de faire des discours toute l’année sur les équipements sportifs, mais, aujourd’hui, nos enfants ne peuvent même plus faire de sport à cause de la pollution ! »
« Cette comédie est représentative de la situation globale : le maire n’assume pas,renchérit Eva. La vallée devrait être une réserve naturelle, et cela doit commencer par un air