Les États africains fuient la Cour pénale internationale

Inquiets d'une justice internationale ne poursuivant de fait que des Africains, les chefs d’État ont adopté « une stratégie de retrait collectif »

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En octobre dernier, le Burundi, l’Afrique du Sud puis la Gambie annonçaient qu’ils quittaient la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye. De nombreux autres États africains s’apprêteraient à faire de même, à la suite d’une motion collective, votée lors du 28e sommet de l’Union africaine (UA) à Addis-Abeba, en Éthiopie, les 30 et 31 janvier.

Entrée en fonction en 2002, faisant suite aux deux tribunaux internationaux ad hoc pour l’ex-Yougoslavie (1993) puis pour le Rwanda (1994), la CPI, chargée de poursuivre les personnes accusées de génocide, de crimes de guerre ou contre l’humanité, se voulait la concrétisation du rêve ancien d’une justice pénale universelle. Mais elle ne peut directement poursuivre que des crimes commis sur le territoire ou contre des ressortissants des 124 États ayant ratifié le Statut de Rome qui l’a instituée – dont 34 sont africains. Et ces derniers font l’objet de la quasi-totalité des procédures, visant parfois jusqu’aux chefs d’État (comme ceux du Soudan ou du Kenya). En effet, nombre d’États susceptibles de devoir rendre des comptes ont rejeté la CPI : États-Unis, Russie, Chine, Israël et presque tous les pays arabes…

Inquiets de cette justice internationale ne poursuivant de fait, à 90 %, que des Africains, les chefs d’État réunis à Addis-Abeba ont profité de cette réunion de l’UA pour adopter « une stratégie de retrait collectif » – même si celle-ci n’existe pas en fait en droit international et que chacun décidera seul, in fine, de son retrait effectif de la CPI. Et même si la majorité des affaires soumises à la Cour l’ont été de leur fait, nombre de dirigeants africains ayant cherché à se débarrasser par ce biais de leurs opposants.


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