La Guyane en grève générale

Depuis plusieurs semaines, la région d’outre-mer est la scène d'un mouvement de protestation, qui s'est amplifié avec le vote de la grève générale par l'Union des travailleurs guyanais (UTG) le 25 mars.

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Cayenne, Kourou, Saint-Laurent-du-Maroni… Tout le territoire guyanais est en prise avec une grève générale d'ampleur ce mardi 28 mars. Elle a été votée samedi 25 mars pars les 37 syndicats composant l'UTG, qui apparaît comme la continuité des actions précédentes.

Des signes avant-coureurs de l'exaspération sociale des Guyanais étaient présents depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois, mais le mouvement a vraiment été lancé en début de semaine dernière. Lundi 20 mars, une grève de la société Endel Engie a ainsi empêché le lancement d'Ariane 5 depuis le centre spatial de Kourou, en Guyane. La fusée, vitrine économique de la région, devait décoller pour mettre en orbite deux satellites. Les travailleurs de cette entreprise, en charge du transfert de la fusée sur son pas de tir, l'ont empêché. Ils avaient bloqué l'entrée du site, revendiquant une augmentation de leurs salaires. Un accord a finalement été trouvé entre la direction et les salariés mercredi 22 mars, mais le blocage a continué et de nombreux autres sont apparus sur le territoire.

Un « plan Marshall » pour le département

Selon Le Monde, trois sites étaient bloqués en milieu de semaine. Des camions bloquaient le siège de la collectivité territoriale de Guyane (CTG), à Cayenne, réclamant la mise en place d'un « plan Marshall » pour la Guyane. Dans la banlieue de la commune, à Remire-Montjoly, c'est l'Union des transporteurs routiers qui barrait l'accès au port de commerce afin de réclamer une répartition plus favorable aux petites entreprises du marché de construction du pas de tir de la fusée. Enfin, la Direction de la culture et de la forêt était bloquée, les organisations agricoles demandant le déblocage des aides européennes du plan de développement régional de la Guyane. Actuellement on compte une vingtaines de barrages sur le territoire. Loin de l'image d'insurrection, l'atmosphère est « chaleureuse et fraternelles __», explique Emmanuel Lafont, évêque de Cayenne.

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Si l'ancienne garde des Sceaux Christiane Taubira s'est rendue, jeudi 23 mars, à Kourou afin de montrer son soutien aux manifestants, la préfecture a dénoncé les nombreux barrages « sauvages » et « sources de racket ».

Un taux de chômage à 22 %

Le même jour, le rectorat a ordonné la fermeture des établissements scolaires « jusqu'à nouvel ordre » face à l'amplification du mouvement. Le 24 mars, les Amérindiens ont rejoint la mobilisation pour dénoncer le vol de leurs terres. Plus largement, de nouvelles revendications dans les domaines de l'éducation (où les problèmes perdurent depuis de nombreuses années), de la santé et de l'emploi dans un territoire où le taux de chômage atteint 22 %. Alors que la pacte pour l'avenir de la Guyane, investissement promis par François Hollande il y a trois ans, devait être mis en place début 2016, il n'a toujours pas été signé.

La ministre des Outre-mer, Ericka Bareigts, a appelé à des discussions à Paris afin de « traiter sans délai les problèmes immédiats » et de finaliser le pacte. Mais les manifestants ont fait part de leur refus d'une négociation à Paris, soutenus par les parlementaires guyanais. Ceux-ci ont jugé « inconcevable de demander aux manifestants de [...] lever les blocages pour venir s'entretenir avec les cabinets ministériels dans les bureaux parisiens ». Finalement, Laurent Fabius a annoncé la venue d'une délégation interministérielle avant la fin de la semaine_« si les conditions du respect et de l'ordre républicains sont réunis »_.

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