Un photographe violemment interpellé à Hénin-Beaumont

Le jour du premier tour de l’élection présidentielle, un photojournaliste a été arrêté dans la ville du Pas-de-Calais où Marine Le Pen a établi son quartier général.

Malika Butzbach  • 24 avril 2017
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Un photographe violemment interpellé à Hénin-Beaumont
© photo : François LO PRESTI / AFP

La vidéo a été largement relayée sur les réseaux sociaux : moins de 30 secondes qui montrent l’arrestation du photographe Jacob Khrist, de l’agence Hans Lucas, le 23 avril à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), fief de Marine Le Pen, alors qu’il couvrait une action des Femen contre la présidente du Front national. Le journaliste n’a été libéré que lundi soir, après 36 heures de garde à vue. Le motif ? Complicité d’exhibition sexuelle et rébellion.

« Quelle rébellion ? Sur la vidéo on voit deux hommes sur lui et sur son matériel, souligne Wilfrid Estève, dirigeant d’Hans Lucas. Jacob Khrist ne se rebelle pas : il pose des questions et rappelle qu’il est photographe professionnel. »

https://twitter.com/C_DiazGonzalez/status/856076521349554176?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E856076521349554176%7Ctwgr%5E6019d4e40813a0d31e908f724c936fd8f4104858%7Ctwcon%5Es1_c10&ref_url=https%3A%2F%2Fwww.politis.fr%2Farticles%2F2017%2F04%2Fun-photographe-violemment-interpelle-a-henin-beaumont-36765%2F

Deux hommes sans brassard

Le photographe a été pris pour cible par deux hommes sans brassard. « C’est légal ça ?, questionne ironiquement Wilfrid Estève. Jacob Khrist a travaillé avec les Femen sur diverses actions, y compris des épisodes plus tendus, sans qu’il n’y ait de problèmes. Et là, à Hénin-Beaumont, il est violemment arrêté. » « On ne sait absolument pas qui sont ces hommes sur la vidéo », s’indigne encore le dirigeant d’Hans Lucas.

La journaliste espagnole ayant filmé la scène affirme sur Twitter qu’il s’agit de la sécurité de Le Pen. Les journalistes de Libération ont en effet signalé la présence du Département protection sécurité (DPS) dans le 12e bureau de vote d’Hénin-Beaumont, où allait voter Marine Le Pen. « Trois membres de ce service d’ordre du Front national s’étaient positionnés quelques heures plus tôt près des urnes et des isoloirs, avec des brassards orange fluo marqués DPS, qu’ils n’ont retirés qu’un peu avant l’arrivée de Marine Le Pen et la séance photo », écrit le journaliste Tristan Berteloot.

Le DPS a maintes fois été épinglé pour des incidents, notamment envers les journalistes. Une commission d’enquête de l’Assemblée nationale avait publié en 1999 un [volumineux rapport](les agissements, l’organisation, le fonctionnement, les objectifs) pointant notamment _« la confusion du DPS avec les forces de l’ordre », allant jusqu’à « l’usurpation de fonctions ».

« Mais où on est là ? »

Le frère du photographe n’a pas été autorisé à le voir au commissariat. Pourtant, la loi autorise les visites de la famille lors d’une garde à vue. De son côté, Reporters sans frontières a dénoncé « l’interpellation violente » du photographe.

« Mais où on est là ? Nous avons plus de 300 photographes dans le monde, y compris dans des pays, comme la Russie ou l’Ukraine, où il est dur de travailler comme photo-reporter. Jamais on n’a connu ça et pourtant ça se passe ici, en France, dénonce Wilfrid Estève. C’est clairement une atteinte à la liberté de la presse. »

Politique
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